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 Saint Nil de la Sora, 7-20 mai; 2ème partie

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Philippe Crévieaux



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Localisation : Bruxelles
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MessageSujet: Saint Nil de la Sora, 7-20 mai; 2ème partie   Mer 20 Mai - 10:10

"Est-ce que mon départ du monastère (du Lac Blanc) n'était pas pour le bien du profit spirituel? Oui, pour son bien; car je n'y voyais plus la préservation de la manière de vivre selon les Lois de Dieu et les traditions des Pères, mais plutôt une vie selon la volonté propre de chacun et les idées humaines; et ils y étaient nombreux ceux qui, agissant de cette manière corrompue, s'imaginaient mener une vie vertueuse."

Il semble donc que Nil soit partit à la recherche d'une forme plus "pure" de vie monastique et accompagné de son disciple, Innocent (qui deviendra Saint Innocent de Komel), il fit le voyage de l'Orient pour la vénérable communauté monastique du Mont Athos. Quand y parvint-il, et combien de temps demeura-t-il dans le monastère russe sur l'île grecque, on ne le sait pas.

On pense qu'il maîtrisait le Grec, bien que nombre des anciens écrits des Pères de l'Eglise avaient déjà été traduits en russe. C'est à cette époque qu'il entama des années dédiées à la lecture, la traduction et l'étude des antiques Pères de l'Eglise. Il semble avoir été particulièrement attiré par les écrits des Saints Basile le Grand, Macaire d'Egypte, Isaac le Syrien, Philothée du Sinaï, Jean Cassien, Nil du Sinaï (son homonyme), Maxime le Confesseur, Siméon StÈthatos, Pierre Damascène, Jean Climaque et Grégoire le Sinaïte. On voit clairement sa joie à étudier ces écrits si profonds des Pères dans la citation suivante :
"Je vivais comme une abeille voletant de belle fleur en belle fleur afin de connaître le jardin de la vie, la Vérité chrétienne et afin de ranimer mon âme, d'y paver un chemin pour la préparer à son salut."

C'est durant son séjour au Mont Athos que Nil commença à affiner sa pratique de toute une vie, la "prière mentale". Au Mont Athos, la "Prière de Jésus" était utilisée comme centre de la dévotion contemplative du Mystère, et on présume qu'il y a travaillé sous la guidance d'un Staretz à cette époque.

On rapporte que Nil se serait aventuré à partir du monastère méditerranéen pour partir en pèlerinage vers la ville sainte de Constantinople, visitant les monastères avoisinants, bien qu'il n'existe aucun détail de ces séjours. Apparemment, il voyageait avec son disciple Innocent, et continua ses études et voyages jusqu'à ce que soit il retourne au Mont Athos, soit en Russie. A nouveau, les détails sont vagues et il n'y a plus de chronologie fiable.

Cependant, Nil rentra en Russie, et vint auprès de Saint Cyril de Belokersk après ses voyages et son séjour au Mont Athos. Pénétré par l'enseignement et l'esprit du monachisme grec, il chercha à ramener en Russie ce qu'il avait appris. Après son retour de Grèce, Nil demeura quelque temps au Monastère de Saint Cyril, "s'étant construit une cellule hors du monastère." Apparemment cependant, ses dévotions et contemplations étaient constamment interrompues par les gens cherchant son conseil et sa compagnie, et il décida de déplacer sa hutte vers un endroit plus éloigné et moins peuplé.

"Alors je m'éloignai du monastère jusqu'où, par la grâce de Dieu, je trouvai un endroit approprié, peu fréquenté par des matérialistes."

Du fait que ses premières expériences dans un grand monastère lui semblaient comporter nombre de désagréments, Nil espéra ramener une nouvelle forme de vie monastique, basée sur de plus petites communautés de Moines. Ce qui deviendra connu sous le nom de système monastique du Skete (Skite) s'était développé hors de Russie. Nil avait observé les Sketes athonites et byzantins durant ses voyages et son séjour en Orient, et pensa que cette forme résolvait nombre des problèmes qu'il sentait exister dans les grandes communautés où il avait auparavant vécu.

Les Sketes sont fondés sur le principe de quelques Moines qui cherchent à entamer la vie contemplative en bâtissant des cellules individuelles pour la prière et la contemplation, assez proches les unes des autres pour participer ensemble à la Liturgie et aux Offices, et s'entraider en maintenant un moyen de subsistance, ou au moins de quoi se nourrir chacun. De la sorte, tant le sens de la dévotion et de la contemplation privée étaient incorporés à l'interaction plus communautaire du rite et de l'assistance (tant matérielle que spirituelle).

Le système du Skete que Nil amena en Russie était à mi-chemin entre les communautés
cénobitiques et l'érémitisme (solitaires, ermites), et leurs formes respectives de dévotion, prière et vie monastique. Le fondateur de plus petites communautés de moines fervents permet à chaque adepte le plus de temps possible pour la prière privée et la méditation solitaire, et reconnaît aussi l'importance des Liturgies communes, des Sacrements et du rituel. Les communautés de Sketes sont basées sur la notion de travail individuel et l'idée que chaque Moine travaille pour ses propres besoins. Elles réalisent aussi le fait que la vie présente souvent le besoin de l'assistance matérielle et spirituelle, en coopération avec les autres. Cette voie médiane dans l'ascétisme devint la base pour une nouvelle forme de monachisme qui allait se répandre par la suite en Russie et dans la région de la Trans-Volga. Pour Nil, c'était un moyen de créer une manière de vivre dans une solitude profonde et volontaire en relation avec Dieu, à l'intérieur du réseau d'une communauté. C'était sa manière d'accomplir le dicton de vivre "dans le monde sans en faire partie."

L'endroit que Nil se choisit pour devenir la base de son petit Skete a été décrit par les voyageurs comme une région marécageuse, boueuse, près de la Rivière de la Sora. Il y avait de grandes étendues de sapins, mais la rivière n'y coulait pas à flot en cet endroit-là, et c'était décrit comme un endroit désertique stagnant et isolé. Le sol était détrempé, et Nil eut à élever de la terre pour y bâtir sa première cellule. C'est dans ce lieu solitaire et désolé que les fondements du système du Skete en Russie sont nés. De là, son influence se répandit et s'implantât fermement comme une "Troisième voie" pour le monachisme russe et les fondations de communautés contemplatives.

Au départ, Nil repoussa ceux qui cherchaient à devenir ses disciples. Lorsqu'il s'éloigna plus encore du monastère de Saint Cyril, il pensa que l'isolement découragerait la perturbation et les moines qui sollicitaient son conseil. Mais un petit groupe d'adeptes dévoués et insistants commença vite à se rassembler autour de lui pour ses enseignements et conseils spirituels.
"Nombre de vertueux frères vinrent à moi, voulant vivre ensemble, bien que j'en refusais beaucoup, parce que je suis un pécheur et une personne stupide, et si faible d'âme et de corps. Mais certains de ceux que j'avais chassés revinrent en insistant pour rester, et ne voulant pas cesser de frapper à ma demeure, ne me laissant pas tranquille. Alors je considérai cela, me disant que c'était peut-être la volonté de Dieu, qu'ils viennent à moi, peut-être avaient-ils le droit de partager la tradition des saints et garder les Commandements de Dieu et vivre en accord avec la tradition des Saints Pères."

Nil ne se présenta jamais comme un Ancien [en russe ‘Staretz’] dans le sens traditionnel. Il se présentait à ceux qui sollicitaient ses instructions comme un ami qui participait au même voyage qu'eux, qui connaissait quelques uns des chemins et pistes qu'ils avaient à emprunter, et avait quelque connaissance des épreuves qu'il serait nécessaire d'affronter dans ce grand voyage vers Dieu. Il se voyait comme égal à ceux qui cherchaient ses conseils, et ne voulut jamais demander le titre d'Ancien, ni le statut spirituel élevé que cela impliquait. Il enseignait par des indications et exemples, et partageait ce qu'il avait appris durant ses longues années à scruter les écrits des Evangiles, les Epîtres, et les écrits des Pères de l'Eglise. Ce n'était pas un voyage facile. Il demandait l'attachement à Dieu et aux règles du Skete. Les hommes qui restèrent avec lui pour étudier et prier n'étaient pas seulement confrontés à des évaluations spirituelles du voyage, mais aussi à la dureté de la pauvreté qu'ils assumaient volontairement, comme limites de leur foi et de leur vie.

"Si l'un d'eux ne voulait pas vivre selon les Commandements de Dieu et la tradition des Saints
Pères, alors il devait cesser de frapper à mon humble demeure. Je le renvoyait comme s'étant
prouvé paresseux et querelleur."

Les activités des Moines à l'intérieur du Skete et celles de Nil lui-même était en premier lieu centrées sur la prière et la dévotion. Chaque Moine, cependant, établissait ses propres règles de prière et d'activités, était responsable pour maintenir ses propres moyens de subsistance, et soumis aux règles communes de la vie du Skete.

"Les enseignements de Nil mettaient l'accent sur la dignité et la liberté. Ses Sketes étaient organisés pour assurer un maximum de liberté à l'intérieur de laquelle ses moines étaient libres de chercher après Dieu selon leur manière propre. La vraie sainteté, enseignait Nil, n'était pas définie par un nombre fixe de pratiques ascétiques, ou de prière, mais par les mouvements vers le but, c'est-à-dire le mouvement vers Dieu. Ce mouvement est ressenti comme le but de la vie humaine, et dès lors la signification de la dignité humaine."

Nil et ses disciples entreprirent de copier les livres et de corriger les erreurs majeures dont il ressentait la présence tant dans les textes traduits et dans les interprétations des leurs rédacteurs à l'intérieur des manuscrits, en particulier dans les Vies des Saints. Nil aurait rédigé un compendium majeur des "Vies des Saints", mais malheureusement il a été perdu par l'histoire, bien que des références ont occasionnellement été faites dans des études ultérieures sur sa vie et son oeuvre.

A la fin du quinzième siècle, l'Eglise orthodoxe et les institutions monastiques avaient grandit et s'étaient consolidées en même temps que les grands des peuples russes. C'était devenu de puissants propriétaires terriens et les sièges de tant le pouvoir séculier qu'ecclésiastique. On estime qu'à peu près le tiers des terres arables étaient propriété ou contrôlées par ces grands monastères et clercs ecclésiaux. La puissance politique de l'Etat féodal était à la fois soutenue et étayée par les hiérarques ecclésiaux. Mais comme avec tous les grands conglomérats de pouvoir, il y avait de grands abus d'autorité, tant contre les paysans qui travaillaient sur les terres qu'avec les finances qui étaient amassées par les propriétaires terriens ecclésiaux.

"Les monastères furent parmi les premiers propriétaires terriens à demander à la Couronne pour des chartes fixant les paysans au sol. A son niveau, le Monastère de la Trinité-Saint-Serge avait cent mille "âmes" cultivant ses propriétés dispersées sur quinze provinces."

Non seulement l'Eglise et ses institutions monastiques étaient des acteurs économiques et politiques majeurs à l'intérieur d'une identité nationale croissante, mais étaient aussi des sources majeures pour les hautes études et aussi servaient de centre d'expansion culturelle et de développement en ces temps. Les artisans, architectes, maçons et bâtisseurs, graveurs de bois, orfèvres, argentiers, bijoutiers, peintres et artistes, iconographes, et les écrivains, tous commencèrent à se développer et à fleurir sous mécénat et service d'Eglise. Quelques unes des plus belles et durables musiques de la civilisation occidentale ont aussi grandit de cette nouvelle floraison de la culture nationale russe, qui était en recherche de sa propre expression du Christianisme et de la musique locale. Tenter d'examiner les époques et influences dans lesquelles Saint Nil vécut n'est pas des plus simple. Il y a beaucoup à dire à propos des douleurs de l'accouchement d'une nation, quand les peuples luttaient pour trouver un commun dénominateur de langue, culture et religion. Des erreurs étaient commises, et des excès avaient lieu. Parfois des valeurs se perdaient ou étaient oubliées, et parfois des institutions religieuses attrapaient l'ivresse du pouvoir suite à leur croissance. Nous sommes tous humains, et la propension humaine aux sales manies semble trouver sa place même dans les institutions les plus religieuses et apparemment les plus morales.

Mais ce sont ces contradictions que Saint Nil vit, et au sujet desquelles il nous avertit d'être sur nos gardes. Le Christianisme orthodoxe est une "religion" qui dit qu'afin de maintenir le sacré dans ses rites et la véritable essence de ses enseignements, il nous faut être "dans le monde sans être de ce monde." Pour Saint Nil, c'est la responsabilité première du Chrétien. Être prévenant et doux au possible dans nos relations humaines, tout en étant en tout temps occupé à essayer de maintenir notre dévotion et notre fidèle relation à Dieu, c'est ce à quoi le Christ appelle chacun d'entre nous. Nil vit l'hypocrisie et le danger d'une hiérarchie ecclésiale qu'il pensait avoir perdu la raison. L'édifice de l'Eglise avait certes grandit, mais Saint Nil voyait que l'intérieur était délabré, pollué par l'avidité et l'aspiration au pouvoir et au contrôle. Il ne voulait pour rien sacrifier la véritable essence du Mystère de l'Eglise pour la grande architecture et la structure humaine et l'Etat national.

Nil et ses disciples menèrent une vie relativement obscure et en paix, jusqu'en 1490 lorsqu'on lui demanda de participer à un Concile de l'Eglise pour décider du sort d'un groupe d'hérétiques connus comme les Judaïsants. Ces Judaïsants étaient un petit groupe d'intellectuels ecclésiastiques relativement bien placés qui commençaient à avoir une influence sur les interprétations théologiques et le développement de l'Eglise. Ils se contenteraient dans la région autour de Novgorod et commencèrent des incursions dans les années 1470 lorsque d'autres critiques éclatèrent contre l'Eglise établie. Les Judaïsants étaient aussi fort critiques face à la richesse croissante et aux propriétés terriennes des monastères et de l'Eglise, et il cherchaient un retour à une forme plus simple de spiritualité et de dévotion. Leur menace pour l'Eglise ne fut pas vraiment considérée comme importante, jusqu'à ce qu'ils commencent à "convertir" des prêtres et à acquérir de la sympathie de la part de membres de la famille du Tsar concernant leurs vues critiques.

L'Archevêque Gennadij fut nommé pour le district de Novgorod en 1484. Mais il n'eut vent de ces petites bandes d'hérétiques, secrètement adeptes, dans sa juridiction, qu'en 1487, et il commença ses efforts pour écraser les hérétiques. En 1490, un Synode de l'Eglise fut assemblé pour discuter de l'hérésie judaïsante. Gennadij trouva un allié en la personne de Joseph, Abbé du Monastère de Volokolamsk. Joseph dirigeait strictement un grand monastère, et était un écrivain compétent, capable de défendre ses points de vue. Il écrivit son traité bien connu "L'Illuminateur" (Prosvetiel) comme défense contre l'hérésie judaïsante. En lui, il défendait les perspectives théologiques orthodoxes traditionnelles. Joseph était studieux, un bon érudit. Il était très versé dans la Bible et les écrits patristiques, et présenta un dossier convainquant contre les hérétiques. Les quatre derniers chapitres de "L'Illuminateur" traitent en particulier des raisons pour lesquelles la punition corporelle et l'exécution devraient être suivies par l'Eglise à l'encontre des Judaïsants. Il demandait la mort pour leurs dirigeants et la prison à vie pour la plupart des adeptes.
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