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 Saints Cyrille et Méthode; 1ère partie; 11-24 mai

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Philippe Crévieaux



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Localisation : Bruxelles
Date d'inscription : 08/06/2006

MessageSujet: Saints Cyrille et Méthode; 1ère partie; 11-24 mai   Dim 24 Mai - 12:21

SAINTS PERES CYRILLE-CONSTANTIN ET METHODE, EGAUX-AUX-APOTRES ET ILLUMINATEURS DES SLAVES
Ces nouveaux Apôtres naquirent dans une famille aristocratique de Thessalonique, ville qui, se trouvant au carrefour des peuples, avait subi, en ce neuvième siècle, de fortes influences slaves. Dès leur enfance les deux frères avaient été en contact avec les populations slaves installées dans la région, apprenant leur dialecte et s'accoutumant à leurs moeurs. Méthode, l'aîné, né en 815, était d'un caractère calme et doux. Il acquit de solides connaissances juridiques et montra rapidement de bonnes aptitudes dans l'administration, de sorte qu'on lui confia le gouvernement d'une province où résidaient des Slaves.* Toutefois, au bout de plusieurs années, il réalisa qu'il ne convient pas de perdre son temps en se souciant de choses "qui n'ont pas de valeur éternelle", et démissionna. Fuyant le monde comme le passereau échappe au filet de l'oiseleur, il gagna le prestigieux centre monastique du Mont Olympe de Bithynie, où il devint un Moine exemplaire, tant par son obéissance et son amour de la prière, que pour son application à l'étude des Lettres Sacrées.
* Il s'agit peut-être du thème de l'Opsikion (Bithynie), où avait été transférées d'importantes populations slaves, peu à peu assimilées. C'est ce qui expliquerait sa retraite au Mont Olympe, et les éventuels travaux préparatoires à I'oeuvre de traductions des livres ecclésiastiques.

Constantin, né, lui, en 827, avait été doté par Dieu d'une intelligence et d'une mémoire exceptionnelle, et dès son plus jeune âge il rêvait de prendre pour épouse, non pas une belle princesse, mais la Sagesse de Dieu, tel un nouveau Salomon. A l'âge de quatorze ans, il avait appris par cœur les poèmes de Saint Grégoire le Théologien, et c'est avec larmes qu'il suppliait les professeurs de lui enseigner la Grammaire, afin d'en pénétrer le sens. La renommée des talents du jeune garçon parvint jusqu'au tout-puissant Logothète Théoctiste, qui le fit venir à Constantinople et le prit sous sa protection. Constantin compléta rapidement ses connaissances générales et fut initié aux sciences supérieures par les meilleurs maîtres du temps : Léon le Mathématicien et Saint Photios, dont il devint le disciple bien-aimé. Auprès de Photios, il apprit quelle est la vraie sagesse, c'est-à-dire : "La connaissance des choses divines et humaines, qui enseigne à l'homme à se conduire en tout à l'image et à la ressemblance de son Créateur." Il reçut le surnom de "Philosophe" et, devenu familier des plus hauts milieux de la Cour, Théoctiste projetait pour lui une brillante carrière politique, qu'il voulait inaugurer par un mariage avec l'une de ses nièces. Le Philosophe le remercia de sa proposition, mais il répondit que pour lui rien d'autre ne comptait que l'acquisition de la "science" et de recouvrer la gloire perdue par notre premier père. Il dut néanmoins accepter d'être ordonner Diacre et reçut la dignité de chartophylax *du Patriarche Ignace. Il renonça toutefois rapidement à cette charge pour se retirer dans un Monastère du Bosphore (le Kleidion), où il rencontra le Patriarche iconoclaste déchu, Jean VII Grammaticos, et engagea avec lui une ardente controverse pour la défense de l'Orthodoxie.
* C'est-à-dire directeur de la chancellerie patriarcale.

Au bout de six mois, il fut rappelé à la capitale et dut accepter, sous la pression de Théoctiste, le poste de professeur de Philosophie. En 851, alors qu"il était à peine âgé de vingt-quatre ans, l'empereur Michel III l'envoya en mission diplomatique auprès du calife AlMoutaoukil (847-861). Les discussions avec les Arabes tournèrent rapidement de la politique à la théologie, et c'est avec l'assurance des anciens Martyrs que Constantin fit une apologie de la Sainte Trinité devant leurs sages, et qu'il leur montra la supériorité des moeurs chrétiennes. Echappant de peu à une tentative d'empoisonnement, il put rentrer sain et sauf à Byzance. Lorsque le césar Bardas fit assassiner son protecteur Théoctiste pour prendre le pouvoir (855), Constantin, abandonnant de nouveau les soucis du monde pour chercher la sagesse dans le silence et la prière, partit rejoindre son frère Méthode au Mont Olympe, où ils s'adonnèrent ensemble à l'étude.

En 860, l'empereur, après avoir consulté le Patriarche Photios, fit sortir Constantin de sa retraite pour l'envoyer en mission chez le khan des Khazars*, lequel avait demandé qu'on lui envoyât un homme lettré, afin de discuter de religion avec les Juifs et les Arabes qui tentaient de convertir son peuple. Accompagné de son frère et d'une suite imposante, le Philosophe apprit l'hébreu en cours de route et reçut miraculeusement la connaissance du dialecte samaritain. A la cour des Khazars, ils eurent de longues discussions théologiques avec les Juifs, et Constantin confondit les docteurs de la Loi en leur montrant la supériorité de l'Evangile, obtenant ainsi la conversion de nombreux dignitaires ainsi que la libération des captifs chrétiens. Après avoir signé un traité d'alliance avec le khan, les deux frères prirent le chemin du retour, convertissant en chemin des peuplades païennes de Chersonnèse Taurique, et ils rapportèrent avec eux les Reliques de Saint Clément de Rome, qu'ils avaient découvertes par miracle à Cherson.
* Peuplade d'origine turque alors cantonnée au nord de la mer Caspienne, qui avait en fait déjà adhéré au judaïsme. Il semble que cette mission fut plutôt organisée par les Byzantins, pour s'assurer l'alliance des Khazars, à la suite de l'attaque des Russes contre Constantinople (860).

Aussitôt après avoir remis son rapport à l'empereur, Constantin se retira dans l'hésychia et la prière à proximité de l'église des Saints Apôtres. Méthode, quant à lui, ayant refusé l'ordination épiscopale qu'on lui proposait, dut toutefois accepter la charge d'Higoumène du Monastère de Polychronion, où vivaient alors soixante-dix Moines.

Ce retour à leur chère quiétude dura bien peu de temps, car, en 863, une ambassade envoyée par le prince de Moravie.* Ratislav, arrivait à Constantinople pour demander à l'empereur un Evêque et un maître capable de leur enseigner, dans leur langue, la Foi chrétienne qu'ils avaient déjà reçue en partie de missionnaires francs venus de Bavière. Mais ceux-ci prêchaient en latin et célébraient une liturgie incompréhensible, de sorte que les conversions avaient été peu nombreuses et le peuple avait de plus gardé ses coutumes idolâtres. Michel III leur répondit : "Il ne m'appartient pas de régenter votre Foi", et il refusa de leur donner un Evêque, car il ne prétendait pas usurper cette région à la juridiction du Pape de Rome; mais il promit de leur envoyer des hommes capables de les instruire sur la doctrine du Salut dans leur langue, sans chercher à leur imposer la langue grecque.
* Cette région, située en Tchécoslovaquie actuelle, avait été occupée pendant les siècles précédents par des tribus slaves venues du Nord. Après la mort de Charlemagne (814) et le démembrement de son empire, celles-ci s'organisèrent en un royaume à la puissance grandissante, la Grande Moravie (846-856), qui incluait la Bohème et la Slovaquie. Après avoir accepté l'influence germanique, Ratislav s'efforça de s'émanciper de l'hégémonie franque, malgré les résistances armées de Louis le Germanique, et il se tourna vers Byzance, en vue d'une alliance non militaire mais culturelle et religieuse.

Constantin le Philosophe était le seul homme qui possédait toutes les qualités requises pour cette mission, non seulement par sa sagesse mais aussi à cause de sa connaissance du dialecte bulgare et des principales langues du temps : le grec, le latin, l'hébreu, l'arabe (plutôt la langue turco-khazare), le syriaque et le samaritain. Le Philosophe accepta cette mission comme un ordre venu de Dieu, mais il demanda un temps de préparation, et se tournant, comme il en avait coutume, vers la prière, il sollicita de Dieu la révélation d'une écriture capable de rendre convenablement les sons de la langue slave. De même que l'ancienne Loi avait été révélée à Moïse au Sinaï, à la suite d'une théophanie, sur des plaques de pierre gravées de la main de Dieu (Ex. 31:18), de même Constantin, ce nouveau Moïse, reçut la révélation d'un nouvel alphabet, avec lequel il put écrire aussitôt la traduction slave des premiers versets de l'Evangile selon Saint Jean. C'est cette écriture qui, après étude et corrections, devint l'instrument grâce auquel les peuples slaves, jusque-là barbares et grossiers, purent être placés par les Saints Missionnaires au rang des peuples civilisés "qui louent Dieu dans leur propre langue".* Assisté par Méthode et par d'autres disciples d'origines slaves**, Saint Constantin traduisit alors avec empressement les péricopes de l'Evangile pour toute l'année, la Divine Liturgie, le Livre d'Heures et le Psautier, et c'est ainsi, munis des instruments essentiels à leur oeuvre apostolique, que les Missionnaires byzantins partirent pour la Moravie (863).
* Lettre de Michel III à Ratislav. Cet alphabet, dit glagolithique, subira par la suite des modifications en Bulgarie, pour des raisons pratiques, par le disciple de St. Cyrille, Constantin Evêque de Pliska, qui lui donnera le nom d'écriture cyrillique.
** Dont probablement St. Clément.
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