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 Saint Gengoul; 11-24 mai

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Philippe Crévieaux



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Localisation : Bruxelles
Date d'inscription : 08/06/2006

MessageSujet: Saint Gengoul; 11-24 mai   Dim 24 Mai - 12:27

SAINT MARTYR GENGOUL (GENGOU, GENGOUX, GIGOU, GENF, GANDOUL, GINGOLPH, GANGULFUS, GANGULFE, GOLF) (+ 760)
Saint Gengoul était d'une maison très illustre de Bourgogne; ses parents, qui n'avaient pas moins de vertus que de richesses, eurent grand soin de son éducation. Il passa son enfance et les premières années de sa jeunesse dans une parfaite innocence, joignant à l'étude des lettres, où il réussit extrêmement, les exercices de la piété chrétienne. Il n'y avait rien de si honnête ni de si pudique que lui : il fuyait la compagnie des libertins et la vue de tous les objets qui pouvaient ternir la fleur de sa chasteté. Son plaisir était de visiter les églises, d'entendre la Parole de Dieu, de la méditer dans le secret de son coeur, et de lire des livres spirituels et capables de l'instruire des pures maximes de l'Evangile. On n'entendait jamais sortir de sa bouche des paroles indiscrètes, ni même inutiles. Son visage, par sa modestie, inspirait de la dévotion à ceux qui avaient le bonheur de l'entretenir.

Ses parents étant morts, il se vit maître de beaucoup de terres et de seigneuries; mais loin de dissiper ces biens par des dépenses criminelles ou superflues, il les administra avec autant de prudence et de sagesse que s'il eut été un vieillard consommé dans l'art de l'économie et du gouvernement domestique. Les églises et les pauvres y eurent beaucoup de part, et il crut qu'il ne pouvait témoigner sa reconnaissance envers Dieu, qui lui avait donné ces richesses, qu'en lui en rendant une partie par l'assistance de ses ministres et de ceux dont Il veut que nous considérions l'indigence comme semblable à la sienne propre. Etant en âge de se marier, il prit une femme qui était aussi d'une maison noble et riche, mais elle lui convenait peu d'ailleurs pour les qualités de l'esprit et du coeur : elle n'avait point la piété de notre Saint; elle était vaniteuse, mondaine, légère.

Gengoul, qui était un des principaux seigneurs de Bourgogne, et qui avait beaucoup de bravoure, prit une grande part aux guerres nombreuses que fit le roi Pépin le Bref; il passa pour avoir prêté le secours du bras séculier à la prédication de l'Evangile dans la Frise; ce qui expliquerait la dévotion dont il a été et est encore l'objet en Hollande.

Pépin l'estimait singulièrement, à cause de ses beaux faits d'armes et de sa sainteté, qu'il vit éclater même par des prodiges. Il l'aimait tant, qu'il le faisait coucher dans sa tente. un soir, quand ils furent tous deux au lit, la lampe, qu'on avait éteinte, se ralluma. Le roi, s'étant réveillé, fut surpris de cette lumière; il se leva et souffla la lampe, qui se ralluma encore; le prodige se renouvela trois fois, et convainquit Pépin qu'un Saint reposait dans sa tente.

L'histoire de Gengoul raconte une merveille bien plus extraordinaire : il s'en retournait en Bourgogne, pour s'y reposer des fatigues de la guerre; en passant par le Bassigny, il s'arrêta dans un endroit délicieux, pour y prendre sa réfection : c'était sur le bord d'une fontaine, dont les eaux étaient très belles et excellentes. Il l'acheta et la paya à celui qui en était le possesseur. Dieu voulut punir l'avarice de ce dernier : car il croyait bien avoir à la fois la fontaine et son prix, ne voyant pas comment le Saint pourrait la transporter dans ses terres. Gengoul, arrivé à Varennes, sa résidence habituelle, ficha son bâton dans la terre et en fit jaillir une magnifique fontaine : c'était celle qu'il avait achetée, car elle cessa d'exister dans la terre du vendeur avare.

Notre Seigneur destinait Gengoul à être un grand modèle de patience, un autre Tobie, un autre Job. Sa femme se moquait de sa piété, insultait à ses vertus; à la fin, elle lui devint infidèle. Le Saint, s'en étant aperçu, fut plongé dans une vive douleur et une grande perplexité, trouvant également pénible et funeste de punir ce crime et de le laisser impuni. Il était toujours dans cet embarras, lorsqu'un jour, se promenant seul avec la coupable, il lui dit : "Il y a longtemps qu'il court des bruits contre votre honneur. Je n'ai pas voulu vous en parler avant de savoir s'ils étaient fondés; mais aujourd'hui, il ne m'est plus permis de garder le silence : je vous rappelle donc qu'une femme n'a rien de plus cher au monde que son honneur; elle doit tout faire pour le conserver ou le recouvrer".

Cette misérable épouse lui répondit avec impudence "qu'il n'y avait rien de plus injuste que les bruits qu'on faisait courir contre elle; elle lui avait gardé sa foi jusqu'alors et la lui garderait toujours; il était malheureux pour elle d'être victime de telles calomnies". - "S'il en est ainsi, réplique le Saint, voici une eau limpide et qui n'est ni assez chaude ni assez froide pour nuire (ils étaient alors sur le bord d'une fontaine). Plongez-y votre bras : si vous n'en éprouvez aucun mal, vous serez innocente à mes yeux". La coupable, considérant cette épreuve comme un trait de la simplicité de son mari, s'empressa de fournir un témoignage si facile de son innocence, et plongea son bras dans l'eau jusqu'au coude. Elle fut bien surprise quand, à mesure qu'elle l'en retira, la peau, se détachant comme si on l'eut écorchée, vint pendre jusqu'au bout de ses doigts d'une manière horrible : elle ressentit des douleurs excessives. Confuse, interdite, elle n'osait plus lever les yeux sur son mari; et néanmoins, l'orgueil l'empêchant encore de s'avouer coupable et de demander pardon, elle demeura dans un honteux silence, à l'exception des cris que la douleur lui arrachait. Alors Gengoul lui dit : "Je pourrais vous livrer à toute la sévérité de la loi; mais j'aime mieux vous laisser la liberté d'expier vous-même, dans la pénitence et les larmes, l'adultère dont le Ciel vient de vous convaincre. Cependant je ne demeurerai pas plus longtemps avec vous; retirez-vous dans la terre que je vous ai affectée pour votre douaire, tâchez d'y apaiser la colère de Dieu justement irrité contre vous, compensez par de bonnes oeuvres les iniquités que vous avez commises; et, pour moi, je me retirerai aussi, afin que la compagnie d'une adultère ne me fasse pas participant de son crime".

Ainsi Saint Gengoul mit sa femme dans une de ses seigneuries, et lui assigna un certain revenu pour sa subsistance; lui, de son côté, se retira dans un château qu'il avait auprès d'Avallon, ville de Bourgogne, sur le Cussin, entre Auxerre et Autun. De là, il continua de veiller sur la conduite de celle que son infidélité avait rendue indignes de ses soins : il l'exhortait souvent, par lettres, à rentrer en elle-même et à expier ses fautes passées par une meilleure vie. Mais ses remontrances furent fort inutiles. Cette femme libertine, se voyant séparée de son mari, en profita pour confirmer ses désordres. Elle ne se contenta pas de vivre publiquement dans l'adultère; mais craignant que son mari ne donnât tous ses biens aux pauvres, à qui il faisait déjà de grandes aumônes, ou même ne la punît selon toute la rigueur des lois, elle résolut sa mort, avec le complice de ses désordres, qui se chargea de l'exécution. Cet assassin se rend donc secrètement à la résidence de Gengoul, et ayant trouvé le moyen d'entrer dans sa chambre lorsqu'il était seul et encore couché, prend l'épée qui était pendue près de son chevet, et lève le bras pour lui en décharger un grand coup sur la tête. Mais Gengoul, s'étant réveillé en ce moment, pare le coup, qui le frappe seulement sur la cuisse. La blessure était néanmoins mortelle. Le Martyr de la justice et de la chasteté eut le temps de recevoir les derniers Sacrements avant de s'endormir dans le Seigneur, le 11 mai 760.

Il avait deux tantes d'une insigne vertu, qu'il avait laissées à Varennes; l'une s'appelait Villetrude et l'autre Villegose. Ces Saintes femmes, ayant appris la naissance céleste de leur neveu, souhaitèrent que son corps fût enterré en l'église de leur bourg; c'était d'autant plus juste, qu'il en était le fondateur et qu'il avait donné de grands revenus pour l'entretien des clercs qui la desservaient. Elles prirent avec elles tout le clergé, et, encore suivies d'une partie des habitants, elles se transportèrent en diligence au lieu où il était décédé. On ne put pas leur refuser son corps : il fut donc conduit à Varennes avec beaucoup de solennité et au milieu des flambeaux et des chants ecclésiastiques, qui ne discontinuèrent presque point durant tout ce chemin, qui est de plusieurs lieues. Ce qui rendit cette pompe funèbre fort éclatante, ce fut que Saint Gengoul fit paraître, par plusieurs miracles, la gloire dont son âme jouissait déjà dans le Ciel.

Dieu continua à manifester par de nombreux miracles la vertu et la sainteté du Martyr. La France, les Pays-Bas, l'Allemagne, lui élevèrent des autels. La Suisse plaça sous son invocation plusieurs de ses églises; et au pied des Alpes, sur le bord du lac de Genève, dans le diocèse d'Annecy, un village qui porte le nom de Saint Gingolph est dédié à Saint Gengoul. La tradition rapporte qu'il y séjourna quelque temps retiré parmi les rochers, comme un anachorète, et se livrant à la contemplation, à la prière et à la pénitence.

Au reste, le meurtre de Saint Gengoul ne demeura pas impuni : l'adultère qui l'avait assassiné, étant retourné vers son infâme maîtresse pour lui donner avis de son homicide fut saisi sur-le-champ de violentes coliques et mourut dans un lieu digne de lui, au milieu des plus atroces douleurs. La femme du Saint, qui ajouta à ses crimes celui de se moquer de ses miracles, fut châtiée par une incommodité honteuse qui lui dura toute la vie.

On représente Saint Gengoul en costume de baron, armé de toutes pièces, avec une croix sur son écu, la main posée sur la garde de son épée, dont la pointe fait sortir de terre une source. Saint Gengoul est l'un des protecteur de Harlem, en Hollande, de Florennes, dans la province de Namur, de Toul, de Varennes, en Champagne, de Montreuil-sur-Mer, etc. Il est spécialement invoqué par les mal mariés.
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