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 Prières secrètes et iconostases

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Jean-Serge
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Masculin Nombre de messages : 270
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MessageSujet: Prières secrètes et iconostases   Mer 3 Jan - 20:06

Pour inaugurer cette section consacrée aux usages liturgiques -entre autre- je me contente de recycler un texte que j'avais publié en son temps sur mon blog http://orthodoxie-libre.over-blog.com.

J'y écrivais sous le pseudo de Théophylactère. Le texte qui va suivre traitait de cette question de la participation du peuple à la liturgie, via notamment le fait de dire les prières secrètes à haute voix ou encore de réduire les iconostases.


Citation :
Nous sommes heureux de publier notre premier article le lendemain de l'inauguration, respectant ainsi les délais que nous nous étions fixés... Le blog débute donc son existence normale. Nous nous excusons pour les soucis de mise en page et tenterons de les résoudre au plus vite.

La Divine liturgie, participative, démocratique et populaire


Certains usages liturgiques au sein de l’orthodoxie font l’objet d’un débat quasi permanent. C’est notamment le cas de tous ceux qui prétendent instaurer des liturgies plus participatives. Adorés par les uns, vilipendés par les autres, ils laissent rarement indifférents. Il est donc intéressant de s’interroger sur leur opportunité : remplissent-ils la fonction qui leur a été assignée tout en respectant l’esprit de l’orthodoxie ? Nous étudierons successivement les raisons qui ont poussé à leur établissement, envisagerons les réserves qu’ils soulèvent avant de nous interroger sur la façon idoine d’intégrer le peuple royal à la célébration liturgique.



Une participation réelle des fidèles à la liturgie implique nécessairement que ces derniers ne soient guère relégués au rang de simples spectateurs

A une conférence orthodoxe, une dame présente dans l’assistance interrogea le conférencier sur l’usage de lire les prières secrètes, notamment celles du canon eucharistique, à haute voix, ou à voix basse. Elle ajouta dans la foulée, que ne guère entendre ces prières lui causait une affliction certaine. Dans un autre contexte, une autre dame, commentant les usages dans une paroisse de sa région s’indigna : « Les portes royales sont toujours fermées et c’est tout en slavon ». A l’inverse, d’autres personnes, s'offensnt parfois d’entendre ces prières eucharistiques ou d’avoir une vue ininterrompue sur le sanctuaire. A ne pas en douter, deux camps s’opposent, souvent désignés de façon un peu rapide, par les termes « moderniste » ou » « traditionaliste ». Les premiers plaident en faveur d’iconostase de taille réduite, avec une ouverture quasi permanente des portes et pour des prières secrètes prononcées à haute voix. Les seconds crient au scandale à la simple évocation des ces faits.


Par ces modifications, les « modernistes » (nous les appellerons ainsi par facilité, en ne retenant pas la connotation un rien dépréciative du mot, et il en sera de même pour l’épithète « traditionaliste ») entendent favoriser la meilleure participation du peuple royale à la Divine liturgie. Une tel désir est des plus justifié : la liturgie ne se conçoit en aucun cas comme un acte isolé des célébrants, assistés d’acolytes et d’un chœur chargé de « l’animation musicale ». Les fidèles n’assistent donc pas à une sorte de spectacle duquel ils seraient exclus. La Divine liturgie est au contraire l’acte qui réunit l’Eglise entière, anges et humains, dans une action commune… Ne chante-t-on pas dans la deuxième partie de l’hymne des Chérubins : « Afin de recevoir le Roi de l’Univers, escorté invisiblement des armées angéliques, Alléluia, Alléluia, Alléluia » ? Il serait réellement dommage, alors que toute l’Eglise se trouve ainsi réunie, que les fidèles se sentent exclus. Il en a donc résulté certains « aménagements » liturgiques.


Dans certains cas, les Portes royales demeurent ouvertes tout le long de la liturgie, quand on ne les a pas simplement démontées. Je connais même le cas amusant d’une paroisse parisienne dans quinzième arrondissement (Saint Séraphin de Sarov) où l’on a enlevé certains panneaux de l’iconostase afin d’offrir une vue permanente sur la table de la proscomédie. Dans d’autres, plus extrêmes, l’iconostase a purement et simplement disparu. Comme indiqué précédemment, les prières eucharistiques sont audibles de tous. Cela s’apparente à ce qu’on pourrait appeler une co-concélébration quand des fidèles prononcent des paroles de coutume dévolues aux seuls clercs majeurs : lire le nom des personnes commémorées lors de la proscomédie ou encore prononcer le triple amen qui couronne l’épiclèse. Cet inventaire se complète de la lecture par l’assemblée entière de certaines prières, notamment le Notre Père et le Symbole de Nicée.


De façon fort comique, l’accusation de modernisme et d’innovation volontiers brandie par les contempteurs de ces pratiques s’effondre d’elle-même si l’on se penche sur les témoignages historiques. L’usage était en effet de dire, jusqu’au VIe siècle environ, les prières secrètes de façon audible. Vers cette période, l’Empereur Justinien, par sa Novelle 137, s’inquiéta de l’usage qui se répandait de prononcer ces prières à voix basse, et intima l’ordre au clergé de revenir à l’usage habituel, afin « d’exciter les fidèles à une plus grande componction ». Il ne fut pas entendu à tel point que la pratique des prières secrètes devint la règle.


L’Empereur ne se trompait pourtant point dans son édit. Ces prières secrètes, à l’instar de toutes les prières de l’Eglise sont inspirées, et comportent une dimension pédagogique et catéchétique manifeste. Ils contiennent l’enseignement de l’église. Ainsi le canon eucharistique de Saint Basile résume magnifiquement l’histoire du salut. Il est donc dommage que pendant si longtemps les fidèles n’en aient guère eu connaissance.

En effet, ce n’est que vers la fin de XIXe siècle en Russie que des voix s’élevèrent pour demander un retour à l’usage antique à des fins pédagogiques, mais également spirituelles comme l’avait fait auparavant l’Empereur Justinien. Le Saint Patriarche Tikhon penchait pour une telle option. Les troubles qui saisirent la Russie ne permirent pas véritablement d’expérimenter ces propositions. Aussi, se développèrent-elles essentiellement au sein des communautés orthodoxes en Europe occidentale et aux Etats-Unis… même si l’on observe des pratiques très diverses dans les paroisses de ces pays.


L’iconostase figure également parmi les éléments absents originellement des églises. On peut en voir une préfiguration dans la balustrade qui semble apparaître au IVe siècle, séparant le sanctuaire de la nef, et qui, progressivement prit de la hauteur, se couvrant d’icônes. Sa suppression ou son allègement s’apparente donc également au retour au christianisme originel (du point de vue liturgique).

Il faut toutefois signaler, de façon assez étrange, qu’y compris chez les partisans de telles réformes, celles-ci ne sont que très rarement menées intégralement. Le plus souvent l’iconostase demeure, il est vrai, considérablement allégée ou ouverte, de façon à ce que le fidèle puisse observer les évolutions du clergé dans le sanctuaire. Quant aux prières secrètes, il est surprenant de constater que toutes ne sont pas prononcées à voix haute. La Divine liturgie en comporte en effet un nombre considérable, au-delà du canon eucharistique :


1° La première antienne (Bénis le Seigneur Ô mon âme) est précédé d’une prière secrète

2° La seconde ( Fils unique et Verbe de Dieu) s’achève par une prière secrète

3° Pendant le chant des Béatitudes, le célébrant prononce aussi des prières à voix basse ainsi que pendant la petite entrée

4° Pendant le chant des tropaires, le prêtre se prépare au Trisagion par une prière appropriée, également secrète

5° Il en prononce une autre avant la lecture de l’Evangile

6° L’ecphonèse qui conclut l’ecténie pour les catéchumènes donne lieu à une autre prière du même type

7° Avant le Chant des Chérubins, le prêtre lit à voix basse deux prières pour les fidèles


8° Le chant des Chérubins donne lieu aussi à une prière secrète

9° Suite à la Grande entrée, pendant l’ecténie, vient une autre prière inaudible

10° Nous avons ensuite, l’anaphore qui est la seule prière généralement audible chez les adversaires des prières secrètes, avec les prières suivantes : le memento des vivants (Pour Saint Jean Baptiste…), et le « Souvenez-vous, Seigneur de la ville ou nous habitons… »

11° L’ecténie suivante est entrecoupée par une autre prière secrète


12°Avant la communion du clergé, le prêtre en prononcera deux autres

13° On note aussi que la communion du clergé s’effectue en silence alors qu’elle comporte maintes prières

14° Après la communion du peuple, prêtre et diacre ont un dialogue, également inconnu des fidèles

15° Le prêtre dira ensuite une prière d’action de grâce avant le « Sortons en paix »

16° A la prothèse, avant de bénir les fidèles interviendra une autre prière secrète.


Ainsi, la liturgie contient bien des prières secrètes. L’on peut s’interroger, étant donné l’intérêt pédagogique et spirituel de la « divulgation » de ces oraisons, pourquoi cette dernière est-elle limitée à quelques-unes d’entre elle… Est-ce bien logique si l’on veut réellement que les fidèles élèvent leurs cœurs et comprennent le sens du mystère? De façon plus profonde encore, ces usages liturgiques renouent-il fidèlement avec la pratique première de l’Eglise ?

La deuxième partie vient dans le message suivant.
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Jean-Serge
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MessageSujet: Partie II de "La Divine liturgie, participative...&quot   Mer 3 Jan - 20:10

Citation :
Les dispositions visant à introduire une liturgie participative révèlent en fait une mauvaise compréhension de la Tradition de l’Eglise


Et pourtant, ceci semble à première vue contredire les études historiques qui démontrent l’antériorité des pratiques telles l’absence d’iconostase et la lecture des prières à voix haute. Il convient néanmoins de se placer dans le contexte de l’époque. Par bonheur, le Métropolite Hiérothéos de Naupacte (Vlachos) a réalisé un tel travail dans un brillant article intitulé Secularism in Church, Theology and Pastoral care (le sécularisme à l’Eglise, en théologie et en matière pastorale). En quelques phrases, il nous explique les raisons de l’érection des iconostases et de l’apparition des prières secrètes.


« We seek to abolish the iconostasis so that laymen can see the goings-on, without asking for the reason the Church instituted the iconostasis and the secret reading of prayers. These are not independent of the secularization of ecclesiastical theology. St.Maximos the Confessor's teaching and historical research are very revealing on this point. The catechumens cannot pray with the same prayers as the baptized and vice versa. And if we study the teaching of St.Simeon the New Theologian on who the catechoumens really are, we will be able to understand why the Church has instituted the iconostasis and the secret reading of prayers ».


« Nous voulons abolir l’iconostase afin que les laïcs puissent voir ce qui se passe, sans nous interroger sur les raisons de l’institution par l’Eglise de l’iconostase et des prières secrètes. Ces dernières ne sont pas indépendantes de la sécularisation de la théologie ecclésiastique. Les enseignements de Saint Maxime le Confesseur et la recherche historique révèlent bien des choses à ce sujet. Les catéchumènes ne peuvent pas prier avec les mêmes prières que les baptisés et inversement. Et si nous étudions l’enseignement de Saint Syméon le Nouveau Théologien sur qui sont réellement les catéchumènes, nous serons en mesure de comprendre pourquoi l’Eglise a institué l’iconostase et la lecture secrète des prières ».


Et le Métropolite Hiérothéos de Naupacte de poursuivre :


« As stated before, the existence of the iconostasis should be viewed within this perspective. In older times there were no iconostases just some veils and everyone had a visual communion with the goings-on because the entire holy Temple was a place for the believers, for the true Church members. There was a substantial separation between the Narthex and the main Temple . When someone sinned, he could not attend the Temple nor pray with the believers. Thus there existed a class of repenters who were essentially in the catechumens state. Later though, as a consequence of secularism in faith, those in repentance were allowed in the Temple , but iconostases were erected. »



« Comme indiqué précédemment, l’existence de l’iconostase devrait être vue sous cet angle. Dans les temps anciens, il n’y avait pas d’iconostase, simplement quelques voiles et tout le monde avait une communion visuelle avec ce qui se passait dans le sanctuaire car l’ensemble du Saint Temple était l’endroit réservé aux croyants, aux vrais membres de l’Eglise. Il y avait une séparation substantielle entre le Narthex et le Temple principal. Quand quelqu’un avait péché, il ne pouvait pas entrer dans le Temple, ni prier avec les fidèles. Ainsi existait-il une classe de pénitents qui étaient essentiellement à l’état de catéchumène. Toutefois, plus tard, suite à la sécularisation dans la foi, les pénitents furent autorisés à accéder au Temple mais les iconostases furent érigées ». Et certaines prières devinrent secrètes devrait-on ajouter…



Ce commentaire du Métropolite Hiérothée de Naupacte est attesté par la lecture des canons. Ces derniers indiquent bien que seuls les fidèles non pénitents assistaient à la totalité de la liturgie. Les autres, selon leur statut (catéchumènes, audientes…), devaient se retirer progressivement. De là, vient le terme « messe » : le latin « missae » traduisant les renvois successifs, des païens, des non baptisés, des catéchumènes… L’esprit de ces temps originels est évident : seul assiste et entend l’intégralité de la liturgie celui qui en est digne. Ceci marquait probablement de façon manifeste la sacralité de l’acte accompli, et la nécessité, pour celui qui voulait y participer, de s’y être préparé convenablement. Aussi, quand l’accès à l’église fut ouvert au plus grand nombre, alors que probablement l’état moral et spirituel des nouveaux venus ne dénotait aucun progrès substantiel par rapport aux siècles antérieurs, instaura-t-on ces « barrières », afin de rappeler encore et toujours la nécessité de se purifier afin d’accéder aux Saint mystères (et la liturgie tout entière est un saint mystère).


L’usage liturgique pour la fête de Pâques confirme cette interprétation. A cette occasion, nous célébrons la victoire du Christ sur la mort, le réconciliation du genre humain avec Dieu, et signe de cela, nous célébrons toutes portes (de l’iconostase) ouvertes, signe que l’accès total au mystère liturgique n’est possible qu’en cas de réconciliation totale avec Dieu. Toutefois, même à l’occasion de ce jour radieux, il ne nous semble pas opportun d’abandonner les prières secrètes. Certes, en tant que membres de l’Eglise et donc de membres du corps du Christ, nous sommes déjà ressuscités avec lui, sans pour autant être entièrement dans le Royaume… C’est là un mystère de « déjà là – pas encore là » insaisissable par la seule raison…


Assurer une participation meilleure des fidèles par les voies évoquées exigerait de revenir également à la discipline antique : renvois successifs (missae), épitimies ,sous forme d’excommunications temporaires, plus nombreuses (comme cela était l’usage à en juger par les canons), voire confession publique… afin d’illustrer ce caractère ascétique voire combatif (nous entendons par là combat contre les passions et le Malin) de l’orthodoxie. Mais rien de cela n’est fait, ce qui aboutit à une désacralisation de la Divine liturgie, ravalée au rang de soupe populaire accessible à quiconque.


Or Dieu sait que l’état de nos communautés n’est guère meilleur que par le passé. Les temps présents y sont sans doute pour quelque chose. Nous vivons pour l’essentiel dans un monde davantage laïcisé et sécularisé que par le passé, agressé par une « propagande » (notamment en matière de mœurs) anti-chrétienne fort virulente. Nous nous devons de lutter contre les mêmes passions que nos ancêtres…dans un environnement plus hostile. Qui, dans ses conditions peut se considérer suffisamment « purifié » pour demander à accéder au mystère visuellement et auditivement sans limitation aucune ? Ne serait-ce pas là une marque d’orgueil? Comment consentir à ces changements alors que nos communautés sont fort disparates, formées d’orthodoxes plus ou moins pratiquants, dont certains ne se présentent qu’à l’occasion de la Fête des Fêtes. Face à une telle composition de nos assemblées, le maintien de l’iconostase, des fermetures et ouvertures des Portes royales et des prières secrètes s’imposent. Il convient de noter que les moines eux-mêmes ne se sont jamais autorisés de tels usages et ce, en dépit de leurs exploits ascétiques. En effet, l’élévation spirituelle s’accompagne de la prise de conscience de son propre péché, ce qui engendre l’humilité. Ainsi, Saint Séraphin de Sarov notamment s’opposait à la lecture à voix haute des prières secrètes.


Il est donc urgent de retrouver cet équilibre et ce sens de la liturgie. Hélas, une telle entreprise n’est envisageable que si l’on parvient à libérer l’Eglise de l’esclavage de maintes idéologies.

Ci-dessous, dans le message suivant, la partie III
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Jean-Serge
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MessageSujet: Partie III : La Divine Liturgie, participative..."   Mer 3 Jan - 20:11

Citation :
Le rationalisme, le piétisme et le marxisme nous conduisent à ces liturgies participatives, démocratiques et populaires

L’examen des arguments des contemporains en faveur du retour à l’usage antique laisse deviner une influence consciente ou inconsciente, et à des degrés divers, de ces trois idéologies ou pensées, toutes trois éloignées de l’esprit de l’orthodoxie.


Derrière l’évocation de l’intérêt didactique des prières secrètes, se cache parfois un certain rationalisme. L’on pense qu’en entendant les paroles, le fidèle comprendra mieux le mystère, l’appréhendera mieux. C’est là ignorer la définition du mystère qui est insaisissable par la raison mais uniquement par un cœur et un intellect purifié par l’ascèse et la prière. J’aurais beau entendre une multitude de fois les mots secrets, voir ce qui se passe dans le sanctuaire, cela ne me rendra pas le mystère plus intelligible si je ne m’évertue pas par la prière et l’ascèse à acquérir les saintes vertus. Il faut néanmoins concéder qu’il est profitable que les fidèles connaissent, pour leur instruction le contenu de ces prières ; mais un tel enseignement peut s’opérer par le biais de catéchèses explicatives.


L’instruction de l’Empereur Justinien visait à inciter les fidèles à la componction, intention louable s’il en est. Toutefois, il est difficile pour une âme peu exercée de distinguer la dite componction (saine) du piétisme. Ce dernier repose essentiellement sur les sentiments et les émotions, et vise à faire éprouver de façon quasi physique une sorte de grâce. Nous en voyons maintes manifestations dans nos communautés avec force agenouillements y compris le dimanche, jour de la Résurrection, et des commentaires parfois éloquents qui indiquent que le fidèle n’a retenu de la liturgie que la beauté des chants et l’odeur de l’encens. A nouveau, nous rompons avec l’esprit de l’orthodoxie qui promeut une prière « sobre » sans envolée lyrique et/ ou sentimentale, sans sensations et ce afin d’éviter la terrible illusion spirituelle. Il est à craindre que certaines de nos méthodes participatives n’aillent à l’encontre de ces principes. L’audition des prières secrètes et la vision permanente sur le sanctuaire ne contribuent-elles pas à une exaltation un rien mystique et piétiste de certains fidèles, trop heureux d’accéder à une sorte de « Saint des Saints » ? Les croyants y sont parfois incités par une certaine façon de célébrer, elle-même un rien piétiste et théâtrale, notamment au moment des prières secrètes. Voici quelques mots du starets Samson à ce sujet :


« For example, this is what I have seen with Bishop ..., who should be avoided. Here he is reading away with his emotions, haughtily declaiming the secret prayers, admiring himself and using his nervous system to influence those around him. »


« Par exemple, voici ce que j’ai vu avec l’Evêque … et qui devrait être évité. Le voici lisant à haute voix de façon émotionnelle, déclamant avec hauteur les prières secrètes, s’admirant lui-même et usant de son système nerveux pour influencer ceux qui l’entourent. »


La responsabilité de ces insinuations piétistes et rationalistes nous semblent toutefois mineure en comparaison de celle d’une certaine forme de marxisme. Cette idéologie envisage l’histoire à travers le prisme de la lutte des classes sociales. Mais de façon surprenante, certains ont appliqué une telle modèle à bien d’autres situations Ainsi, dans des questions de sociétés, la lutte pour l’égalité des sexes a pu prendre parfois l’aspect d’un affrontement entre deux classes, celle des hommes, dominante, contre celle des femmes, dominées. Le mouvement en faveur des droits de l’enfant a semblé également considérer les enfants comme une sorte de classe opprimée par les adultes. Appliquée à l’église, cette philosophie marxiste nous brosse implicitement ou explicitement le tableau du peuple des fidèles placé sous la férule du clergé. Suivant cette logique, cet écart entre les deux classes mériteraient de se voir résorbé, notamment par la fin de certains privilèges du prêtre. L’on en vient inéluctablement à l’ouverture plus fréquente des portes de l’iconostase, si ce n’est à sa simple disparition, à l’audition des prières secrètes en vue de réduire la fracture entre le clergé et le peuple.


Ce souci égalitariste et un rien démagogique, qui semble hélas avoir particulièrement préoccupé les évêques russes au point de décider de la participation des laïcs à l’élection des évêques lors du concile de 1917-18, témoigne à nouveau d’une mauvaise compréhension de la nature de l’église. Rappelons tout d’abord que l’Eglise orthodoxe ignore absolument la distinction entre Eglise enseignante et église enseignée. Les laïcs, en tant que baptisés ont part au sacerdoce royal. Elle ne considère pas non plus le prêtre et les célébrants comme des êtres au-dessus des fidèles qui auraient accès à un savoir caché au commun des mortels. L’orthodoxie n’est en effet pas une doctrine spirituelle ésotérique, dont l’intégralité revient à quelques initiés. En témoigne ces mots du Christ : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits.» (Matthieu 11 : 25).


Au final, l’Eglise est un mystère à elle toute seule, un organisme « divino-humain » régi par des lois propres et non des lois d’inspiration humaine et humaniste. Dans cet organisme, il y a diversité de dons et diversités de ministères. Chacun est appelé à exercer le sien sans prétendre à un élargissement de ses attributions. Dans sa Première épître aux Corinthiens, au chapitre 12, le Saint Apôtre Paul nous met clairement en garde contre de telles revendications : « Et ceux que Dieu a établis dans l'Église sont premièrement les apôtres, deuxièmement les prophètes, troisièmement les docteurs... Puis il y a les miracles, puis les dons de guérisons, d'assistance, de gouvernement, les diversités de langues. Tous sont-ils apôtres ? Tous prophètes ? Tous docteurs ? Tous font-ils des miracles ? Tous ont-ils des dons de guérisons ? Tous parlent-ils en langues ? Tous interprètent-ils ? Aspirez aux dons supérieurs. »


Les modernistes, en ré-introduisant ces pratiques suite à une mauvaise compréhension de la Tradition et/ ou une vision sécularisée de l’Eglise ont toutefois eu le mérite de soulever une question d’importance : comment assurer la participation des fidèles à l’action commune qu’est la liturgie?


La réponse à cette question réside dans la redécouverte de la véritable façon de prier en communauté.


Pour certains, la prière doit s’extérioriser d’une façon ou d’une autre pour paraître véritable : le plus souvent par la parole, voire par des gestes, réalisés simultanément par l’ensemble de la communauté. Ceci traduirait par ailleurs son unité. Il en découle fort logiquement la récitation par toute l’assemblée de certaines prières capitales : Notre Père, Symbole de Nicée, ou encore « triple amen » suite à l’épiclèse. On peut à nouveau s’interroger sur une éventuelle influence d’une autre pensée étrangère à l’orthodoxie. L’on semble glisser vers la psychologie (des masses).


Ces pratiques tranchent avec l’enseignement et l’usage de l’Eglise. En effet, l’unité de la communauté relève à nouveau du mystère de l’Eglise, où personne n’est jamais isolé, pas même l’ermite comme le fait remarquer Saint Justin de Celije. Nous sommes tous reliés les uns aux autres de façon inexplicable en tant que membre du même Corps. Vouloir figurer ce lien physiquement et imparfaitement relève à nouveau du rationalisme.


Du point de vue purement liturgique, l’office se compose d’une série d’hymnes et d’ecténies que le fidèle écoute en silence. Ce silence ne doit guère être interprété comme une passivité ou une indifférence car il est propice à une prière intérieure personnelle et communautaire (par ce lien invisible et mystérieux) qui s’appuie sur les paroles entendues. C’est un des grands mérites de l’orthodoxie d’avoir su conserver cette pratique de la prière « silencieuse » intérieure, active mais non activiste.


En effet, la véritable prière vient avant tout des dispositions intérieures, du cœur, comme nous le rappelle le prophète Esaïe (29 :13) : « Le Seigneur a dit : Parce que ce peuple est près de moi en paroles et me glorifie de ses lèvres, mais que son cœur est loin de moi et que sa crainte n'est qu'un commandement humain, une leçon apprise ».


La tâche, afin que les fidèles se sentent moins exclus de la liturgie réside donc dans l’apprentissage de la prière véritable. Pour cela, l’orthodoxie doit s’appuyer sur l’héritage légué par ses nombreux ascètes, saints et starets. Le recours à des procédés d’inspiration douteuse traduit avant tout son éloignement par rapport à la Tradition.



En définitive, le désir légitime de rétablir une participation active des fidèles à la liturgie a débouché sur des pratiques en apparence inspirées de la Tradition mais en réalité en rupture avec elle. Cela s’est aggravé par les considérations démagogiques ou par l’intrusion d’une pensée séculière au sein de l’Eglise… La seule issue réside dans le rappel incessant de la dimension ascétique de l’orthodoxie à travers la prière et l’humilité, qui seules nous aident à participer réellement et sans orgueil aucun à l’action liturgique.








Bibliographie


Secularism in Church, theology and pastoral care. Métropolitan Hierotheos of Nafpaktos (disponible au lien suivant www.pelagia.org)


Words of Elder Sampson (Vol 3, 2, P. 333-4); disponible au lien suivant : http://www.orthodoxengland.btinternet.co.uk/sampson2.htm


Saying "Amen" to our story. Père John Shimchick; disponible au lien suivant : http://www.jacwell.org/Summer_2000/our_story.htm


Manuel byzantino-gréco-slave à l'usage des fidèles de rite latin (Sixième édition), Imprimerie Saint Paul, Fribourg
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