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 Saint Baudile de Nîmes; 20 mai - 2 juin

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Philippe Crévieaux



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MessageSujet: Saint Baudile de Nîmes; 20 mai - 2 juin   Mar 2 Juin - 13:10

SAINT BAUDILE * DE NIMES, APÔTRE ET MARTYR (FIN 2ÈME SIÈCLE)
*On l'appelle encore Baudille, Bandèle, Bauzille, Bauzély, Bauzel dans le Midi; Bauzile, Baulize, Banzire dans le Vivarais et l'Auvergne; Bauxely dans le Rouergue; Bandt en Flandre; Baudelle, Baudière, Baudel, Bueil, Boyz, Boil, Baudier au Nord et dans l'Est; Bocilho, Baudelie, Boal, Boy en Espagne. Ces altérations peuvent modifier la physionomie du nom, mais elles ne la changent pas, et sous ces diverses désinences on retrouve toujours l'Apôtre de Nîmes.
Saint Baudile, que les habitants de Nîmes considèrent comme leur père dans la Foi, comme le fondateur principal de leur Eglise, était, selon la tradition, originaire d'Orléans. Peu de Saints ont eu un culte plus célèbre : on a compté jusqu'à quatre cents églises dédiées sous son invocation, tant en Espagne qu'en France, et cependant, ce que l'on sait de lui se réduit à dire qu'il arrosa de ses sueurs et de son sang la cité et le territoire des Nemausiens; on ignore absolument l'époque où il a vécu, ses qualités civiles, le rang qu'il occupait dans l'Eglise de Dieu. Les uns placent son martyre en 187, les autres en 295, d'autres à la fin du quatrième siècle* : c'est à dire qu'on en est réduit à des conjectures.
* Cette dernière opinion est la moins probable, attendu que Baudille trouva encore à Nîmes le culte des idoles florissant; ce qui n'est guère admissible 60 ans après Constantin. Le paganisme avait dû, à cette époque, se réfugier dans les campagnes et les bois : il n'était plus toléré dans les villes.

Nîmes avait à coup sûr été évangélisée dès le premier siècle par Saint Trophime d'Arles, puisque c'est d'Arles, comme l'a écrit le Pape Zozime, que les ruisseaux de la Foi se répandirent pour arroser toutes les Gaules; par Saint Paul de Narbonne, puisque la grande voie romaine qui conduisait en Espagne traversait Nîmes, et que Saint Paul-Serge dut la suivre; par Saint Saturnin de Toulouse surtout, qui convertit là son premier disciple, Honestus. Mais longtemps encore après eux, Nîmes conservait sa physionomie païenne : tous ses temples d'idoles étaient encore debout; la foule continuait à se presser autour des autels des faux dieux, tandis que le Christianisme proscrit recueillait furtivement ses disciples dans quelque retraite obscure, loin du regard des persécuteurs.

A une date donc qui flotte entre la fin du deuxième et la fin du troisième siècle, entre 187 et 295, un généreux Chrétien, obéissant à une inspiration divine, quitta sa ville pour aller évangéliser les contrées qui étaient plongées dans l'erreur. C'était Baudile; il était engagé dans les liens du mariage, et son épouse s'était associée à son pieux dessein. Il apprit dans ses courses apostoliques que l'ancienne capitale des Volces, la ville d'Auguste et d'Antonin, la cité de Nîmes, non moins importante, disent les Actes des Saints, par son commerce et ses grandes richesses que par sa population, était encore presque toute païenne, que les habitants étaient privés de l'enseignement des prêtres, et qu'ils languissaient comme des brebis errantes, loin des soins vigilants des pasteurs: il résolut de tenter un effort suprême pour l'arracher aux idoles.

Le nouvel Apôtre arriva à Nîmes le jour même où l'on célébrait, dans un bois "sacré", aux portes de la ville, un sacrifice public . Le polythéisme avait déployé tontes ses pompes pour attirer la foule. C'était sur une des collines qui dominent la ville, non loin de cette antique Tourmagne qui est encore debout. Les prêtres des idoles conduisaient les victimes destinées au sacrifice. La multitude frémissante se pressait autour de l'autel.
* c'était la fête des Gonales, célébrée en l'honneur de Jupiter enfant. Cette fête tombait le 21 mai : il faut donc corriger sous ce rapport les anciens martyrologes; car le calendrier païen ne marquait aucune fête le 20.

Tout à coup apparaît un étranger qui élève la voix au milieu de la foule. Il attaque avec une indignation généreuse ces dieux impuissants auxquels on offre un encens criminel; ces dieux de marbre et de pierre, qui ont des yeux et qui ne voient pas, qui ont des oreilles et qui n'entendent pas, impies et vains simulacres, qui doivent être brisés et foulés aux pieds. Il annonce ce Dieu inconnu Qui a fait le ciel et la terre et Qui seul a droit aux adorations des mortels. Il montre cette Croix du Sauveur, scandale et folie pour les Gentils, devenu l'instrument glorieux du Salut du genre humain. A ces accents inconnus, la multitude s'arrête étonnée : elle écoute avec une étrange surprise ce langage nouveau pour elle. Peut-être quelques hommes du peuple, quelques pauvres esclaves se sentent émus en entendant parler de ce Dieu rédempteur, qui a voulu prendre sur Lui le fardeau de nos misères, Qui s'est fait pauvre et Qui s'est abaissé à être esclave pour racheter les hommes. Peut-être aussi, quelques philosophes, qui reconnaissent le vide profond des doctrines païennes, auraient voulu qu'on laissât cet étranger exposer librement la doctrine dont il s'est fait l'Apôtre. Mais les prêtres des idoles, n'écoutant que la passion de l'intérêt, s'écrient qu'un tel langage est une insulte à leurs dieux, que cet homme est un impie, un blasphémateur, un sectateur obstiné de cette superstition nouvelle qui attaque les anciennes divinités, et que son crime ne doit pas rester impuni.

La foule mobile et légère passe soudainement de la surprise à la colère et fait entendre des cris de mort contre le contempteur de ces "dieux". On l'entoure, ou le saisit, on étouffe sa voix, et les sacrificateurs demandent qu'il soit immolé là même où il a osé attaquer le culte de la cité. Le Saint Apôtre, calme et résigné au milieu de ce déchaînement des fureurs populaires, s'offre au Ciel comme une victime. Il demande au Seigneur que son sang devienne une semence féconde qui fasse germer une Eglise florissante sur cette terre infidèle, et il consomme son généreux sacrifice.

D'après une tradition populaire, la tête du Martyr, abattue par la hache des sacrificateurs rebondit trois sur le sol, et chacun de ses bonds fit jaillir une source. Les trois fontaines que fit jaillir le sang de Saint Baudile, sont restées comme les témoins de son glorieux martyre. Elle furent alors comme la source bénie d'où coulèrent, sur la cité encore païenne, les eaux vivifiantes de l'Evangile. Elles sont devenues pour le peuple chrétien là source de bien des grâces, et c'est de là que découlent ce dévouement ardent, ces convictions généreuses, cette fidélité inébranlable qui animent les Chrétiens de Nimes.

De tout temps, les fidèles ont vénéré ce lieu et attribué à la source de Saint-Baudile une vertu miraculeuse. Ce mouvement pieux qui, de nos jours, attire les fidèles sur cette colline, les âges passés l'ont connu. Il a pu être ralenti et même interrompu, au milieu de nos discordes civiles et religieuses. Mais en le reprenant aujourd'hui, on ne fait que renouer la chaîne du passé. Ce petit bassin, creusé dans le roc, a été dans tous les siècles une piscine salutaire où les fidèles ont retrempé leur âme et où les malades ont quelquefois trouvé la guérison de leurs maux. C'est donc une pensée éminemment pieuse que celle qui a porté de nos jours quelques Chrétiens dévoués à restaurer et à agrandir l'antique oratoire des Trois-Fontaines. On ne voit plus aujourd'hui trois sources distinctes comme à Saint-Paul-Trois-Fontaines, dans la plaine de Rome. Les travaux qu'on a dû faire pour niveler la roche et asseoir les fondements de la chapelle, ont dû bouleverser le sol et changer la direction des trois sources qui se réunissent aujourd'hui par des filtrations souterraines dans le même bassin.

Lorsque la foule s'est dispersée, l'épouse du Saint Martyr et les serviteurs qui l'accompagnaient recueillent furtivement ses restes et les ensevelissent au fond de la vallée voisine. "Par cette mort glorieuse, disent les 'Actes des Saints', cet illustre Martyr, naguère étranger dans Nîmes, y a conquis le droit de cité et en est devenu le protecteur immortel."

Le sang du Martyr fut pieusement recueilli par quelques Chrétiens courageux. Ainsi qu'ils avaient coutume de le faire partout où était immolé quelqu'un de leurs frères, ils trempèrent des linges dans le sang qui rougissait le sol et les conservèrent fidèlement comme un précieux souvenir. C'est un fragment d'un de ces linges, teint du sang du Martyr, que possède aujourd'hui la paroisse de Saint-Baudile. Ce lieu resta toujours cher à la piété des habitants de Nimes. Ils ne séparèrent point dans leur ferveur la colline consacrée par le martyre du Saint de la vallée qui gardait sa dépouille. En allant visiter son tombeau, ils faisaient une station au lieu de son supplice, et ils les associèrent tous les deux dans une égale vénération.

Une tradition populaire raconte que le Saint Apôtre, avant de venir attaquer les superstitions païennes dans Nîmes, évangélisa les populations voisines. Le souvenir de cette prédication s'est perpétué dans la paroisse de Bouillargues, et c'est pour cela sans doute que cette Eglise choisit Saint Baudile avec Saint Félix, Evêque de Nîmes, comme ses patrons, voulant ainsi honorer la mémoire de son premier Apôtre.

Le nom du Saint Martyr ne fut pas oublié, et un sanctuaire fut bâti sur le lieu où son corps avait été déposé. Saint Grégoire de Tours, au sixième siècle, dans son "Traité de la gloire des Martyrs", raconte que Dieu se plaisait à glorifier le tombeau du Saint par de nombreux miracles et que son culte était répandu dans les diverses parties du monde chrétien. "On voit", dit-il, "auprès de Nîmes le tombeau glorieux de Saint Baudile, où s'opèrent souvent d'éclatants prodiges. De cette tombe est sorti, à travers les fentes des murs, un laurier, qui a grandi comme un arbre et qui déploie son feuillage salutaire. Les habitants ont souvent éprouvé son efficacité merveilleuse qui rend la santé aux malades. En souvenir de sa vertu bienfaisante, ils dépouillaient l'arbre de ses feuilles, même de son écorce, et le laurier a peu à peu perdu sa vigueur et s'est desséché." (De Gloria Ecclesiae, liv. 1) Ce laurier miraculeux, symbole de la victoire du Saint Martyr, a reverdi, après avoir eu sa tige desséchée. Il continue à pousser de vigoureux rejetons près du lieu où était le tombeau du Saint.

Déjà, au cinquième siècle, si nous croyons les Actes de l'Eglise d'Orléans, les Reliques de Saint Baudile avaient fait éclater leur vertu merveilleuse en faveur de la ville qui avait donné le jour au Saint. Saint Agnan Ier, Evêque d'Orléans, voyant cette cité menacée par les hordes du féroce Attila, n'hésita pas, malgré son grand âge, à entreprendre un long et périlleux voyage pour aller implorer le secours du général Aétius, qui gouvernait la Gaule, au nom de l'empereur Valentinien III, et qui avait fixé sa résidence à Arles. Arrivé dans cette ville, il se souvint qu'un Sous-Diacre de sa ville épiscopale avait versé son sang pour la Foi dans la cité voisine de Nîmes, et il alla prier devant son tombeau. Une pieuse inspiration s'empara de lui devant cette tombe. Il se dit que s'il pouvait emporter avec lui quelques reliques de ce glorieux enfant d'Orléans, elles seraient un gage de protection puissante pour cette ville. Il obtint de l'Evêque de Nîmes quelques parcelles du corps du Saint Martyr, et il reprit joyeux le chemin de sa ville épiscopale. Les populations s'ébranlèrent sur son passage pour saluer le précieux dépôt qui lui avait été confié. La tradition a conservé le souvenir de quelques-unes de ses stations. Il s'arrêta près de Valence, au village de Saint-Bardoux. Une colonie de Moines, envoyés par le Monastère d'Ainay, à Lyon, s'était établie sur ce coteau, et c'est sous leur toit que Saint Agnan dut recevoir l'hospitalité. Il existait une chapelle dédiée à Saint Baudile, qui remontait à une haute antiquité. Elle devait être un souvenir du passage des Reliques du Saint.

Le corps de Saint Agnan fut transporté, l'an 1029, dans une nouvelle église d'une grande magnificence, bâtie par les soins du pieux roi Robert. Les Reliques de Saint Baudile suivirent celles du Saint Evêque et firent partie du trésor de la même église. Elles ont disparu dans les troubles du seizième siècle, avec tant d'autres saintes reliques, dans la funeste dévastation que subit l'église de Saint-Agnan.

Le tombeau de Saint Baudile, comme celui de Saint Gilles, dans le voisinage de Nîmes, de Sainte-Marthe, à Tarascon, de Sainte-Marie-Madeleine, en Provence, étaient les plus célèbres de notre Midi et avaient le privilège d'attirer un nombreux concours de Chrétiens. Ils eurent bientôt leurs jours de deuil et de désolation. Vers l'an 719, les Arabes, franchissant les Pyrénées, se répandirent comme un torrent sur le sol de la France. Le Monastère de Saint-Baudile avait alors à sa tête un pieux Abbé, Saint Romule, qui y faisait fleurir, par l'autorité de sa parole et de ses exemples, les plus pures vertus monastiques. Quatre-vingts Moines, sous la conduite du Saint Abbé, embaumaient cette paisible vallée du parfum de leur piété. Saint Romule ne voulut pas les abandonner au glaive de l'ennemi. Son premier soin fut de dérober les Reliques de Saint Baudile aux outrages des bandes musulmanes. Il les enferma dans un cercueil en plomb et les fit enfouir profondément en terre, sous un des murs de l'église.
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