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 Saint Germain de Paris; 28 mai - 10 juin

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Philippe Crévieaux



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MessageSujet: Saint Germain de Paris; 28 mai - 10 juin   Mer 10 Juin - 14:43

SAINT GERMAIN EVEQUE DE PARIS
Saint Germain de Paris est assurément une des plus grandes figures du sixième siècle. Malheureusement sa vie nous est assez peu connue, car son biographe, Saint Fortunat, Evêque de Poitiers, l'auteur du "Vexilla Regis", a trop sacrifié au goût de son époque pour le merveilleux et s'est attaché surtout à décrire les miracles de son héros. Né au pays d'Autun, de parents aisés, Germain fit ses études à Avallon. Il aurait échappé, au cours de son enfance, à deux tentatives de meurtre. Sa mère, avant sa naissance, aurait tenté, sans succès, de provoquer un avortement; sa tante, chez qui il logeait au cours de ses études, aurait voulu l'empoisonner, mais par une permission de Dieu le breuvage fut absorbé par son cousin Stratidius, le propre fils de la meurtrière, lequel en resta infirme pour le reste de ses jours. Ses études achevées, il demeura quinze ans dans une localité qu'on identifie avec Lucey (Côte-d'Or), chez un parent nommé Scopillon. Leur principale occupation, à tous deux, était le service du Seigneur. Aussi l'Evêque d'Autun, Agrippin, ayant eu vent de sa réputation, l'attira-t-il pour l'élever au diaconat, puis à la prêtrise. Le successeur d'Agrippin, Saint Nectaire, lui confia la direction du Monastère de Saint-Symphorien, élevé dans un faubourg d'Autun en l'honneur d'un Martyr local auquel Germain vouera un culte fidèle. La règle suivie dans ce monastère, qui fut plus tard attribué aux Chanoines réguliers, n'était pas la règle de Saint Benoît, encore inconnue en France.

Vers 555, comme il se trouvait à Paris, Childebert le désigna pour remplacer l'Evêque Eusèbe qui venait de naître au Ciel. Les listes épiscopales ne mentionnent pas cet Evêque et font succéder Saint Germain à Libanus. Évêque, Germain ne changea rien à l'austérité de sa vie ni à son costume. Toujours aussi frugal, il continua d'observer les jeûnes et les veilles monastiques, à se passer de feu l'hiver, jusqu'à une extrême vieillesse. Mais au souci de sa propre perfection il joignit celui du peuple que Dieu lui confiait et qu'il exhortait assidûment. Charitable à l'égard des pauvres, ses biens ne suffisaient pas à ses libéralités; mais la faveur du roi lui obtenait les crédits nécessaires.

Parmi les nombreux miracles du Saint, il faut relever la guérison de Childebert, opérée dans les premières années de son épiscopat. Aussi n'est-on pas étonné d'apprendre qu'il eut sur le roi une influence considérable. Tous deux contribuèrent à la fondation de la célèbre abbaye où ils devaient être enterrés et qui devait plus tard prendre le nom de Saint-Germain-des-Prés. La dédicace s'en fit sous le titre de Sainte-Croix et de Saint-Vincent, à cause d'une très riche croix d'or ornée de pierreries et de la tunique du Martyr Saint Vincent, que le roi avait ramenées de son expédition d'Espagne, en 543. La date de la dédicace est controversée; la thèse traditionnelle voulait qu'elle ait eu lieu le 23 décembre 558, à l'occasion même de la mort de Childebert. Cet événement ayant attiré à Paris nombre d'Evêques, Saint Germain en profita pour procéder à la dédicace de la basilique récemment achevée. Les raisons alléguées pour combattre le témoignage de Gislemar semblent insuffisantes. Par contre, le fameux diplôme de fondation, attribué à Childebert, et le privilège dit de Saint-Germain, sont des faux.

Pour peupler la nouvelle abbaye, Saint Germain fit appel à des Moines de Saint-Symphorien d'Autun d'où provenait aussi Saint Doctrovée, le premier Abbé. Comme à Saint-Symphorien, on y suivait la règle de Saint Antoine et de Saint Basile. C'est à peu près tout ce que nous en savons; le monastère ayant été incendié par les Normands à la fin du 9ème siècle, Gislemar n'a pu utiliser les documents anciens.

Après la mort de Childebert, Paris échut à son frère, Clotaire, qui de Soissons y transporta sa capitale et témoigna au Saint la même déférence que son frère, grâce sans doute à Sainte Radegonde, sa femme, avec qui Saint Germain garda des relations suivies après son départ à Poitiers et la mort de Clotaire. Le Saint la visita dans son monastère et ce fut là que se nouèrent, entre lui et Fortunat, son biographe, des liens durables. Mais Clotaire ne devait pas survivre longtemps à Childebert. A sa mort (561), le royaume, un instant réuni dans ses mains, fut à nouveau divisé entre ses qutre fils : Caribert, Gontran, Sigebert et Chilpéric. Caribert eut Paris; son royaume, mieux protégé des incursions germaniques, goûta une paix relative, mais ses écarts de conduite causèrent au Saint Evêque les plus grands soucis. Après avoir renvoyé sa femme légitime, il épousa successivement Miroplée et Marcovèse, deux soeurs, filles d'un simple artisan. Mais la dernière étant moniale, l'Evêque dut élever la voix contre tant de débordements; sans effet aucun d'ailleurs. Aussi dut-il retrancher les deux complices de la communion de l'Église.

Dans cette époque, troublée par la rivalité de Brunehaut, épouse de Sigebert, et de Frédégonde, femme de Chilpéric, Saint Germain s'efforça d'être avant tout le ministre du Dieu de paix. Malheureusement ses appels à Brunehaut et à Sigebert demeurèrent vains, et celui-ci fut assassiné par deux sicaires de Frédégonde, comme il s'apprêtait à assiéger son frère dans Tournai.

Saint Germain prit une part active au Concile de Tours (567) et convoqua deux Conciles à Paris, l'un en 573, l'autre à une date indéterminée. On lui a attribué, sur des bases fragiles, deux lettres très importantes pour l'histoire de la liturgie gallicane, mais nettement postérieures au Saint.

Le Saint rendit son âme au Seigneur dans un âge très avancé, ayant atteint quatre-vingts ans, le 28 mai 576. Son corps fut enterré dans la chapelle dédiée à Saint Symphorien, à droite de l'autel. Cette chapelle est située à droite, près du clocher. Le tombeau, fort simple et orné d'une épitaphe qu'on a attribuée à Chilpéric, fut décoré vers 635 par Saint Éloi. En 754, eut lieu une Translation solennelle, dans l'église même, sur l'ordre de Pépin le Bref, en présence de beaucoup d'Evêques, du jeune Charlemagne et de Carloman, son frère. Pendant le siège de Paris par les Normands, les Reliques furent abritées à Saint-Germain-le-Vieux, dans la Cité.

En 1408, l’abbé papiste Guillame fit exécuter un reliquaire en forme d'église, lequel fut abrité, en 1704, sous un grand ciborium soutenu par six colonnes de marbre antique et provenant de Leptis Magna, en Afrique, patrie de l'empereur Septime-Sévère. Deux anges soutenaient le reliquaire. Cet ouvrage, dessiné par Oppenord, faisait partie de tout un plan de restauration accompli aux dix-septième et dix-huitième siècles. La chapelle Saint-Symphorien servit de prison pendant les journées de septembre 1792. La révolution profana l'antique église et la transforma en usine à salpêtre. Elle fut rendue au culte papiste en 1802.

ou

Notre Saint Père Germain naquit au début du sixième siècle à Autun. A l'issu de ses études, il se retira chez un de ses parents et mena avec lui, pendant quinze ans, une vie agréable à Dieu, dans l'ascèse, la prière et les hymnes. La bonne odeur de ses vertus s'étant répandue dans la région, l'Evêque d'Autun l'ordonna Prêtre, puis le successeur de ce dernier, le mit à la tête du fameux Monastère de Saint-Symphorien. Son austérité le mettait parfois en opposition avec l'Evêque, ce qui lui valut même, une fois, d'être jeté en prison. La porte de la cellule s'ouvrit toute seule, mais le Saint n'accepta de la franchir qu'après en avoir reçu l'ordre.

Vers 555, il fut convoqué à Paris par le roi Childebert et désigné pour être consacré Evêque de la cité. Dans cette nouvelle charge l'humble Germain ne changea rien à l'austérité de sa vie ni à son costume. Jusqu'à la fin de ses jours, il resta Moine et Ascète, ajoutant à sa tension vers la perfection évangélique le souci du salut de son peuple qu'il exhortait assidûment. Sa prédication était soutenue avec éclat par le don des miracles, que Dieu lui avait abondamment accordé. Il guérissait quantité d'infirmes et de malades par sa prière, et délivrait les possédés qu'il gardait plusieurs jours auprès de lui afin de prier pour eux. Sa renommée de thaumaturge s'étant répandue au loin, on se servait de tout objet qu'il avait béni ou seulement touché, pour l'envoyer à ceux qui étaient éprouvés et, par la grâce de Dieu, ils étaient délivrés de leurs maux. Inlassable dans l'aumône, Germain y consacrait l'essentiel des ressources de son Eglise, et lorsque ces dernières ne suffisaient pas, il avait recours au roi Childebert, qui lui portait une grande admiration depuis qu'il avait été guéri par le Saint d'une grave maladie. La miséricorde de Saint Germain s'étendait à tous, bons et méchants; et, quand il le pouvait, il faisait relâcher tous les prisonniers et libérait les esclaves de toutes nationalités. En sa personne les Chrétiens de Paris croyaient voir revivre Saint Denis, leur protecteur. Il encouragea le culte des Saints locaux, et prenait un soin particulier de la beauté et de la dignité des Offices Liturgiques: on estime que nombre de particularités de la Liturgie des Gaules d'alors furent probablement dues à son influence. Grâce au soutien du souverain, il fonda un Monastère, dédié à la Sainte-Croix et à Saint Vincent, connu depuis sous le nom de Saint-Germain-des-Prés. Il fit venir des Moines de Saint-Symphorien, afin d'y faire observer leur règle, issue du Monastère de Lérins. Parfait connaisseur de la tradition ecclésiastique, Saint Germain veillait avec un soin vigilant sur la paix et l'unité de l'Eglise des Gaules. Il prit une part prépondérante au Concile de Tours (567) et convoqua deux Conciles à Paris (573).

Après la mort de Childebert (558), Paris devint la capitale du royaume uni de Clotaire qui témoigna au Saint Evêque la même déférence que son frère, grâce à l'influence de sa femme, Sainte Radegonde. Lorsque la reine décida de prendre le voile dans le Monastère de la Sainte-Croix qu'elle avait fondé à Poitiers, Saint Germain supplia le roi de ne pas faire obstacle à sa vocation, et il entretint avec elle par la suite des relations suivies de direction spirituelle.
A la fin du court règne de Clotaire (561) le royaume fut de nouveau divisé entre ses quatre fils: Caribert, Gontran, Sigebert et Chilperic. Caribert, le roi de Paris, était un homme impie et dévoyé, il pillait les églises et avait épousé deux sœurs. Il méprisa l'excommunication prononcée par le Saint, mais, peu après, Dieu le frappa de mort, ainsi que l'une de ses épouses.
Saint Germain s'efforça, mais en vain, de réconcilier Brunehaut, femme de Sigebert, et Frédégonde, épouse de Chilpéric. Après l'assassinat de la soeur de Brunehaut, sous l'instigation de Frédégonde (575), Sigebert entra en guerre contre Chilpéric. Passant par Paris, il y rencontra le Saint Evêque, qui tenta de lui faire renoncer à son projet de vengeance et lui dit : "Si tu prépares une fosse pour ton frère, tu tomberas dedans." Sigebert négligea ce conseil, et mourut assassiné.

Après avoir été, pendant de longues années, un artisan de paix et un pasteur exemplaire, Saint Germain s'endormit dans le Seigneur, le 28 mai 576, et fut enterré dans l'église de son monastère parisien. Lors du grand incendie qui ravagea Paris en 585, il apparut pour libérer les prisonniers qui allèrent aussitôt se réfugier auprès de son tombeau. Par la suite, il resta un des Saints les plus vénérés du peuple, tant à Paris et en Gaule, que dans tout le reste de l'Eglise.

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Philippe Crévieaux



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MessageSujet: Re: Saint Germain de Paris; 28 mai - 10 juin   Mer 10 Juin - 14:43

Fortunat, Evêque de Poitiers, qui a écrit le premier les actions admirables de Saint Germain, Evêque de Paris, en parle en des termes si avantageux, qu'il ne fait point difficulté de l'égaler aux plus illustres Martyrs, et même de le comparer aux plus grands Apôtres. Il naquit en Burgondie, au diocèse d'Autun, de parents riches et sociologiquement "Chrétiens". Un hagiographe précise même davantage en disant : "Le glorieux et bien-aimé de Dieu, Monsieur Saint Germain, natif d'Autun, au faubourg Saint-Blaise, de la grande rue, autrement la rue Sainte-Anastasie."

Sa mère fit ce qu'elle put pour lui faire perdre la vie dans ses propres entrailles. Elle prit pour cela beaucoup de poisons, et ne négligea pas les moyens les plus violents. Mais la Providence, infaillible dans ses décrets, ne permit pas qu'elle vint à bout d'un dessein si criminel; la fureur de cette mère dénaturée contre son enfant ne cessa pas avec sa naissance; et si elle ne le fit pas mourir, elle continua toujours de le maltraiter et de lui être impitoyable. La cause de cette étrange aversion était, dit-on, la crainte de voir sa maison trop chargée d'enfants. La grand-mère de Germain ne fut pas moins cruelle envers lui que sa mère: car aimant passionnément un autre de ses petits-fils, nommé Stratide, cousin de notre Saint, elle ne pouvait souffrir que celui-ci partageât son héritage avec lui. Afin de s'en défaire, elle donna deux bouteilles à sa servante, l'une de vin et l'autre de poison, et lui marqua celle de vin pour Stratide, et celle de poison pour Germain; mais Dieu dissipa les artifices de cette marâtre, en permettant que la servante se trompât, et que Germain ayant pris le bon vin, Stratide avalât le poison, dont il fût mort sans un prompt secours.

Ce pauvre enfant, étant ainsi exposé à de continuelles persécutions dans la maison même de son père, fut obligé d'en sortir et de se retirer auprès de Scopilion, son oncle, personnage de très sainte vie, qui habitait Lusy. C'est là qu'il reçut cette éducation forte qui accoutume à mettre le devoir au-dessus du plaisir, et qu'il jeta les fondements de cette haute perfection à laquelle il est arrivé depuis : car son oraison était continuelle, et, quoiqu'il fût éloigné de mille pas de l'église, il s'y rendait néanmoins toutes les nuits avec ce saint oncle, pour dire les Matines et ensuite assister aux Saints Mystères. Saint Agrippin, Evêque d'Autun, étant informé de sa vertu, lui conféra l'ordre de Diacre, et, trois ans après, il l'ordonna Prêtre. Saint Nectaire, son successeur, le nomma Abbé de Saint-Symphorien, hors les murs d'Autun. Germain se rendit, par ses veilles, ses abstinences et son assiduité à la prière, le modèle de tous les religieux.

L'Amour Divin embrasait tellement son coeur, qu'on en voyait reluire la splendeur sur son visage. Il était si sensible aux misères des pauvres, qu'il n'en pouvait jamais renvoyer aucun sans assistance: il leur a souvent donné tout ce qu'il avait de provisions dans le Monastère, sans rien réserver. Plusieurs de ses Moines, n'approuvant pas cette conduite, se plaignirent hautement de l'excès de sa libéralité, qui les mettrait, disaient-ils, dans la dernière indigence; un jour, en effet, il arriva que même le pain du jour manqua dans l'Abbaye: mais Germain s'étant mis en prières, on vit aussitôt arriver au monastère deux chevaux chargés de pains, que la femme du seigneur Ebron envoyait, et, le lendemain, deux charrettes pleines de vivres vinrent d'un autre côté. Ces secours extraordinaires et miraculeux devaient suffire pour apaiser les murmures et les injustes plaintes. Néanmoins, les Moines de Saint-Symphorien diffamèrent si fort leur Saint Abbé auprès de l'Evêque diocésain, que ce Prélat, ajoutant foi trop légèrement à leurs rapports, le fit arrêter et mettre dans ses prisons, comme s'il avait été coupable de prodigalités; mais à peine y fut-il entré, que les portes se rouvrirent d'elles-mêmes; néanmoins Germain ne voulut pas sortir sans la bénédiction de celui qui l'avait fait emprisonner. L'Evêque, mieux informé, reconnut sa sainteté et le traita avec beaucoup de respect.

Un autre miracle augmenta la vénération qu'on lui portait. Le feu prit au Monastère : un embrasement général semblait inévitable. Mais notre Saint arrêta en un instant cet incendie par un peu d'eau bénite qu'il jeta dessus, et par le Signe de la Croix qu'il fit en chantant "Alleluia".

La charité était la vertu dominante, le trait le plus fortement accusé de l'admirable physionomie de Germain. En voici une nouvelle preuve : un certain Sabaricus, homme dur et violent, avait un esclave nommé Aesarius. Celui-ci, cruellement maltraité par son impitoyable maître et n'y tenant plus, courut un jour se réfugier au Monastère de Saint-Symphorien, priant Germain de vouloir bien le racheter à tout prix. L'esclavage était devenu pour lui dans cette maison un supplice vraiment intolérable. Le Saint, ému de pitié et plein de l'esprit de l'Eglise qui travaillait de tout son pouvoir à l'abolition de la servitude, entra aussitôt en négociation avec Sabaricus. Cet homme, furieux de la démarche de son esclave, exigea quatre-vingts pièces d'or pour le rachat de ce pauvre malheureux, de sa femme et de son enfant. La somme était exorbitante : où la trouver? Mais la charité ne se rebute point et ne désespère jamais. Germain consola donc Aesarius, lui promettant la liberté quand même et sans trop savoir comment en payer le prix. Enfin il vint à bout de recueillir la somme exigée. Sabaricus, dont l'âme ne s'ouvrait point à la douce commisération parce qu'elle était fermée à la piété chrétienne, principe et aliment de toutes les vertus, osa bien venir en personne toucher son argent, maudite rançon du sang, des soupirs et des larmes. Bien plus, ce misérable, sans respect pour lui-même, pour les hommes ni pour Dieu, ne daigna seulement pas en passant devant la basilique de Saint-Symphorien y entrer pour y faire une prière. Mais sa barbarie et son impiété ne demeurèrent pas impunies. Dès lors la vue d'une église lui inspira de l'horreur; il abandonna tout exercice de religion et tomba dans une sorte de frénésie. On fut même obligé de l'enchaîner. Germain auquel on le conduisit, - car quel autre aurait pu le guérir? - oubliant ses torts et ne voyant en lui qu'un malheureux, fit à Dieu devant le tombeau de Saint Symphorien une ardente prière que la Foi et la charité portèrent au Ciel. Aussitôt, par un double miracle, le malade recouvra avec la santé des sentiments plus chrétiens et la tranquillité de l'âme : il était guéri et son coeur changé. Plein de regret et de douleur pour le passé, mais aussi de joie et de reconnaissance, il ajouta vingt pièces d'or aux quatre-vingts qu'il avait reçues en échange de la liberté de son esclave, et fit faire avec cet or une belle croix que l'on suspendit comme un mémorial de l'événement au-dessus du tombeau de Saint Symphorien. "Cette croix", dit le biographe, "existe encore aujourd'hui et atteste le prodige que nous venons de raconter." (Fortunat) Alors les bénédictions célestes entrèrent dans la maison de Sabaricus. Ses fils et ses filles, vivement impressionnés d'un miracle qui les touchait de si près et cédant à l'impression de la Grâce Divine, voulurent, afin de se consacrer entièrement à Dieu, s'enrôler dans les diverses phalanges de la milice sacrée et gouvernèrent même plusieurs Monastères.

Le bruit de ces merveilles et de beaucoup d'autres s'étant répandus par tout le royaume, et étant venu jusqu'à Childebert, roi des Francs, il voulut avoir un si Saint personnage dans sa ville de Paris, et lui manda de le venir trouver. Saint Germain n'osa pas s'opposer à sa volonté, parce qu'il apprit qu'elle était conforme à celle de Dieu: car, s'étant un jour endormi après sa prière, il lui apparut en songe un vénérable vieillard qui lui présente les clefs des portes de Paris. Le Saint lui demanda ce qu'il voulait qu'il en fît : "Je te donne ces clefs", lui répondit-il, "afin que tu sauves cette ville." C'était lui prédire qu'il en serait Evêque; mais Germain, ne faisant pas cette réflexion, comprit seulement que sa présence était nécessaire à Paris; il se mit donc en chemin avec quatre de ses Moines, dont trois, Auctaire, Saint Doctrovée et Scubilion, ont été successivement Abbés de Saint-Vincent, depuis, Saint-Germain des Prés. Ces cinq Moines, après avoir salué le roi et reçu ses ordres, se retirèrent dans un oratoire dédié sous le nom de Saint-Jean-Baptiste, qui, dans la suite, a été appelé Saint-Germain le Vieux, où ils pratiquèrent si parfaitement tous les exercices du cloître, que toute la cour en était ravie.

Quatre ans après, le siège épiscopal de Paris vint à vaquer par le décès d'Eusèbe, qui avait été substitué à Saffaracus, déposé au second Concile de la même ville, en 565. Saint Germain fut élevé sur ce trône par la Providence divine, et à la demande de Childebert, qui le souhaita ainsi. Cette charge ne changea rien en lui que le seul titre d'Abbé en celui d'Evêque, et il y garda les mêmes pratiques d'une vie d'austère ascète qu'il avait observées dans son Monastère.
Il allait à l'église à 21h et n'en sortait qu'à la pointe du jour, pour prendre en son palais un moment de repos, et vaquer ensuite au soulagement des pauvres, des malades, des prisonniers et de tous ceux qui avaient recours à lui. Il supportait également les chaleurs de l'été et les froids de l'hiver, sans se couvrir ni se chauffer plus en une saison qu'en une, autre; souffrant ainsi un martyr continuel et suppléant dans la paix de l'Eglise aux tourments que les tyrans auraient pu lui faire endurer dans les plus violentes persécutions.

Sa table, où se trouvaient ordinairement les pauvres, n'était couverte que de mets fort communs; et, comme il n'y manquait rien, de même ou n'y servait rien de superflu. Il voulait que l'âme fût nourrie en même temps que le corps, et faisait faire pour cela, durant le repas, la lecture de quelque bon livre. Ses prédications eurent un tel succès, que Paris changea bientôt de face. Les vanités cessèrent, les pompes furent modérées, les superficialités retranchées, le luxe aboli, et enfin le vice y perdant son empire, la vertu prit sa place et commença à s'y pratiquer.

La réputation de sa vertu croissant de plus en plus, il fut supplié de se trouver à Bourges pour assister à la consécration de l'Evêque Félix : il ne manqua pas de s'y rendre; et ayant, par occasion, parlé à un Juif, appelé Sigeric, il le convertit parfaitement et le baptisa; mais sa femme étant demeurée fermée à l'illumination de la Foi, sans vouloir profiter de l'exemple de son mari, fut bientôt punie de son obstination; car le démon entra dans son corps, et ne cessa point de la tourmenter jusqu'à ce que le Saint Evêque, ému de compassion, l'eût délivrée d'un si mauvais hôte par l'imposition des mains; elle reconnut ainsi la vérité, et reçut enfin le Saint Baptême.

Il eut une adresse merveilleuse pour gagner l'esprit de Childebert; il le gouverna si bien, que, quoique ce prince eût toujours quelques restes de cette férocité, alors naturelle à la nation, il modéra néanmoins ses moeurs, réforma sa cour, et s'appliqua à la fondation de beaucoup d'églises et de monastères. Il envoya un jour six mille livres à Saint Germain pour les distribuer aux pauvres; mais le Saint Evêque n'en ayant pas trouvé assez pour recevoir toute cette aumône, voulut lui en rendre la moitié. Le roi, bien loin de la prendre et de ne plus rien envoyer, fit rompre sa vaisselle d'argent, ôta les chaînes d'or de son cou, et pria l'Evêque de ne point cesser de donner, assurant que, de son côté, il ne se lasserait point de fournir.

Childebert étant mort sans enfants mâles, Clotaire, son cadet, lui succéda. Ce prince, qui, ayant vécu jusque-là loin de Paris, ne connaissait pas assez les vertus de Saint Germain, le fit un jour si longtemps attendre à la porte de son palais, qu'il fut contraint de s'en aller. Mais le roi souffrit, la nuit suivante, de si grandes douleurs par tout le corps, en punition de cette faute, que, reconnaissant l'injustice du mépris qu'il avait fait au Saint Evêque, il l'envoya chercher à l'heure même, se jeta à ses pieds, et baisa humblement le bord de sa robe; le Saint porta la main sur les endroits qui lui faisaient mal, et, par cet attouchement, il apaisa entièrement sa douleur. Il fit ensuite éclater son zèle contre le roi Caribert, qui avait répudié
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MessageSujet: Re: Saint Germain de Paris; 28 mai - 10 juin   Mer 10 Juin - 14:44

Ingoberge, sa femme légitime, et épousé une suivante, nommée Marcovèse, dont il entretenait en même temps la soeur. Saint Germain lui fit là-dessus plusieurs remontrances; et voyant qu'elles étaient inutiles et qu'il ne se corrigeait point, il prononça son excommunication, conséquence logique puisque Caribert ne vivait pas en communion avec la Foi de l'Eglise. De plus, comme la noblesse franque avait alors à nouveau usurpé des biens de l'Eglise, ce qui avait fait abandonner le service de Dieu dans plusieurs paroisses, il fit assembler un Concile à Paris, dans lequel on fulmina des anathèmes contre ceux qui s'étaient emparés des biens temporels utilisés par le peuple de l'Eglise de Jésus-Christ.

Il se trouva aussi au second Concile de Tours, qui fut tenu pour réformer la discipline de l'Eglise, déchue presque partout, et pour condamner les scandaleux mariages incestueux, qui étaient assez ordinaires entre les grands, et destinés à conserver les biens terrestres au sein d'une même lignée.

Le démon ne souffrant qu'avec dépit ces heureux progrès, fit ce qu'il put pour les arrêter, en troublant la tranquillité de sa dévotion; en effet, il le tenta en toutes manières, soit en l'effrayant durant son oraison, soit en criant à ses oreilles, soit en lui apparaissant sous des formes horribles, soit enfin en le maltraitant et en le battant; mais son humilité et sa constance le rendirent victorieux de tous ces assauts, et il en triompha si glorieusement, que cet esprit d'orgueil ne put jamais rien gagner sur sa volonté.

Il ne faut pas attendre que nous racontions tous les miracles de saint Germain : le grand Fortunat, Evêque de Poitiers, après en avoir composé un livre entier, avoue qu'il en laisse beaucoup à dire. La paille de son lit, les pièces et les fils de sa robe, sa salive, ses larmes, ses paroles, l'eau qui avait servi à laver ses mains, son regard, son attouchement, les songes qui le faisaient paraître durant le sommeil, les lettres qu'il écrivait, étaient autant de remèdes pour toutes sortes de maladies. Quand il sortait de l'église, on mettait les malades par rangs, et il les guérissait tous en passant. Les habitants de Meudon, près de Paris, étant affligés de la contagion, en furent délivrés avec du pain qu'il leur envoya, après l'avoir bénit. Un Moine d'un Monastère, près de Tours, qui était malade depuis deux ans, fut guéri en un instant en baisant une lettre de notre Saint, que son Abbé lui donna. Gertrude, femme de Monsolis, étant devenue aveugle et ne pouvant plus aller à l'église, ni assister aux processions, recouvra la vue après avoir imploré son secours. Un Prêtre, devenu paralytique, pour avoir travaillé un dimanche, ayant entendu la nuit une voix qui lui commandait d'avoir recours au Saint, et de lui déclarer publiquement sa faute, le vint trouver avec humilité, et reçut la santé par un peu d'huile bénite dont il lui oignit les membres.

Mais il n'a pas seulement guéri les vivants, il a encore ressuscité les morts. Attila, favori du roi Childebert, s'étant rompu un bras, fut saigné si mal à propos, qu'il en perdit la vie, et comme chacun regrettait sa mort, le Saint Evêque arriva, et, après avoir jeté de l'eau bénite sur son corps, lui rendit la vie et une parfaite santé. Il en fit autant à un enfant mort: ce qui faisait dire au peuple que sa force était plus grande que celle de la mort. Il donnait ordinairement la santé de l'âme en même temps que celle du corps. Un seigneur de Touraine avait une fille à l'extrémité; le Saint Evêque, touché de ses larmes et de celles de sa femme, l'alla voir, la guérit, et l'exhorta si bien au mépris du monde et de ses vanités, qu'elle y renonça entièrement en se faisant Moniale au Monastère de Poitiers. Une autre en fit de même après avoir été délivrée, par notre Saint, de l'esprit malin.

Germain, qui avait vécu à Autun près des lieux remplis du souvenir vénéré de Saint Martin, aimait à se rendre à Tours, pour célébrer la fête de ce grand Evêque. La réputation l'y accompagnait; et les malades ne manquaient pas de se présenter sur son passage, soit qu'il entrât dans la basilique, soit qu'il en sortît. Un jour il guérit, en les frottant d'un peu d'huile et de salive, deux femmes estropiées du bras. Dans un de ces pèlerinages, il se trouva fortuitement à Tours avec Clotaire. Le roi, sous prétexte d'aller vénérer les reliques de Saint Martin, se rapprochait ainsi de Poitiers, afin de pouvoir plus facilement enlever son épouse Radegonde qui, après avoir été ordonnée diaconesse par Saint Germain, en avait reçut le voile de religieuse et était entrée dans une communauté fondée près du tombeau de Saint Hilaire. La pieuse reine ne s'était retirée de la cour que sur le consentement très formel et très spontané du roi; mais celui-ci la regretta bientôt vivement, et poussé par de méchants conseillers, il voulut, au mépris des voeux plus sacrés de la vie monastique, l'arracher à la sainte retraite où elle s'était donnée à Dieu et ne vivait que pour Dieu. Avertie et alarmée du projet impie de Clotaire, Radegonde envoya secrètement une lettre très pressante au Saint Evêque de Paris pour le prier de dissuader le roi de sa criminelle résolution. Germain mouilla cette lettre de ses larmes et alla aussitôt se jeter aux pieds de Clotaire, devant les Reliques de Saint Martin, le conjura, au Nom de Dieu, de ne point se rendre à Poitiers. Le prince attendri et repentant s'écria : "J'avais cédé à de mauvais conseils; mais, je le reconnais, je n'étais pas digne de posséder une si Sainte épouse." Et, bien que mécréant, tombant lui-même aux genoux de l'auguste Pontife qui le dominait de toute la hauteur de sa vertu morale, il le pria d'aller lui-même à Poitiers demander pardon et offrir ses excuses à Radegonde. Dieu eut égard au sincère repentir de Clotaire; mais ses méchants conseillers furent punis et moururent de l'horrible et honteuse mort d'Arius. (ils répandirent leurs intestins)

Si Germain avait conservé pour le grand Evêque de Tours un culte si pieux, pouvait-il oublier Saint Symphorien, et l'abbaye, et les frères ou plutôt les enfants bien-aimés qu'il y avait laissés? La moitié de son coeur était restée à Autun. Aussi le vit-on, chaque année, quitter Paris pour venir assister à la grande solennité religieuse instituée en l'honneur du héros autunois, et célébrée avec le pieux enthousiasme de la Foi unie à la piété populaire. Jamais rien ne put l'empêcher de faire ce pieux pèlerinage. Le Saint tombeau du Martyr, auprès duquel il avait prié toutes les nuits pendant bien des années, n'avait pas cessé de lui parler de loin et l'appelait toujours. Quand approchait le jour de la fête chère à sa piété et à son coeur, alors s'acheminant vers sa patrie, il arrivait par la route qui suit les bords de la rivière de Cure; et chaque fois qu'il traversait le Morvan, sa présence était signalée par quelque bienfait, par quelque prodige. Les démons surtout éprouvaient sa puissance et se trouvaient déconcertés. De tout le pays accouraient des possédés qui d'avance sentaient son approche et l'annonçaient en poussant des gémissements ou des cris lamentables.

Les officiers royaux qui traitaient le peuple sans ménagement avaient à redouter aussi la généreuse liberté de Germain. Un jour que, retournant d'Autun à Paris après la célébration de la fête de Saint Symphorien, il passait par Avallon, il apprit avec douleur que les prisons du château étaient remplies de débiteurs du fisc. Touché de compassion pour ces pauvres gens, il pria le comte Nicaise, qui l'avait invité à dîner, de vouloir bien adoucir leur sort en leur donnant la liberté sous caution. Le comte refusa impitoyablement. Alors, le charitable pasteur, sans même attendre la fin du repas, alla se prosterner la face contre terre, à la porte du cachot souterrain où gémissaient tant de malheureuses victimes de l'injustice humaine, et répandit en abondance des larmes avec des prières sur ce seuil, triste témoin de la douleur et du désespoir, afin d'obtenir de la miséricorde de Dieu ce que lui refusait la dureté des hommes. Il fut exaucé. Un Ange vint ouvrir les portes de la prison et briser les fers de tous ces infortunés détenus dont la pauvreté faisait tout le "crime". Croyant à peine à tant de bonheur, ils allèrent dans le transport de leur reconnaissance se jeter aux pieds de leur bienfaiteur. Une nouvelle grâce les attendait. Le roi, cédant aux instances de l'homme de Dieu, leur accorda la remise entière de tout ce qu'on affirmaient qu'ils devaient au trésor. Une autre fois, le même comte Nicaise, en courant au-devant de notre Saint dont on lui annonçait l'arrivée, fit une chute très grave, car on le releva sans connaissance ni sentiment; et ce ne fut que par la vertu des prières de Germain qu'il put être rappelé à la vie. Empressé de témoigner sa gratitude à l'hôte vénérable auquel il attribuait son salut, il lui offrit son baudrier et son épée. Germain s'empressa d'accepter ce don précieux. Bientôt le comte, regrettant de s'être défait si facilement de ce qu'un soldat païen a de plus cher, réclama son arme. L'Evêque, qui avait bien prévu ce retour, pensa que le moment était favorable pour augmenter la bourse de ses pauvres. Il fit composer le guerrier, qui au reste s'exécuta de fort bonne grâce. Bien plus, touché de la charité de Germain, Nicaise se repentit de sa dureté et fut désormais plus humain. Il avait appris à ses dépens qu'il faut compatir aux misères d'autrui.

Cependant le Saint Pontife ne cessait d'employer son crédit auprès de Dieu pour les soulager. Comme dans un autre de ses pèlerinages annuels au tombeau de Saint Symphorien, le Saint Evêque traversait le village de Cervon, près Corbigny en Morvan, les habitants lui dirent que des ours ravageaient la moisson d'une pauvre veuve nommée Panitia, qui n'avait que cette ressource pour vivre. Ils le conjurèrent en même temps de venir visiter le petit champ, persuadés que sa seule présence sur les lieux suffirait pour éloigner le fléau. Les personnes qui accompagnaient le Saint ne purent s'empêcher de rire; mais lui, condescendant aussitôt avec sa bonté ordinaire à la demande de ces braves gens, les suivit. Après avoir prié Dieu de vouloir bien récompenser leur Foi et leur pieuse charité, il fit le Signe de la Croix sur-le-champ de la veuve. Le lendemain, les ours furent trouvés morts : ils s'étaient battus et entre-tués pendant la nuit. L'un d'eux, qui avait voulu franchir la haie, y était resté empalé.

Cette grâce des miracles était accompagnée du don de prophétie. Etant un jour allé à Châlons trouver Théodebert, roi d'Austrasie, qui venait de conquérir une partie de la Bourgogne, il lui prédit que la fin de sa vie n'était pas éloignée, et l'exhorta à se disposer à bien mourir. Ce prince profita de cet avertissement, et, quelques jours après, il sortit de ce monde, sur le chemin de Reims. De plus, le roi Sigebert ne voulant pas terminer la guerre qu'il faisait contre Chilpéric, son frère, qui s'était réfugié à Tournai, avec sa femme et ses enfants, saint Germain l'avertit qu'il n'entrerait point dans cette ville, mais qu'il périrait malheureusement en son camp; ce qui arriva effectivement comme il l'avait prédit. Enfin, il savait longtemps auparavant quand on lui devait apporter de l'argent pour la délivrance des prisonniers pour qui il avait des tendresses extrêmes, et il leur en donnait avis, afin de les consoler par l'espérance de leur liberté.

Un de ses plus grands soins fut la construction de la célèbre Abbaye de Saint-Vincent. Childebert l'avait commencée; mais ce fut Clotaire Ier, son frère, qui donna l'argent pour l'achever. Lorsque l'église fut en état, il pria Saint Germain de la consacrer; il le fit à la grande satisfaction de ce monarque, de la reine sa femme, et des princesses ses filles. Et cette église où, auparavant, il y avait un temple de la déesse Isis, fut depuis le mausolée de la plupart des princes et des princesses de la couronne, jusqu'à ce que Dagobert Ier eut fait bâtir celle de Saint-Denis, en France. On y voyait encore ces sépultures en 1685, entre autres, celles d'Eleuthère, père de notre Saint, et d'Eusébie, sa mère, qui, après l'avoir si maltraité durant son enfance, et même avant qu'il fût au monde, se trouva bienheureuse de venir s'endormir entre ses bras.

Ce fut encore pendant que Saint Germain était Evêque, et vraisemblablement à sa persuasion, que le même Childebert et la reine Ultrogothe, son épouse, firent bâtir, de l'autre côté de la Seine, une autre église en l'honneur de Saint Vincent, Martyr; elle a, depuis, porté le titre de
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Philippe Crévieaux



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MessageSujet: Re: Saint Germain de Paris; 28 mai - 10 juin   Mer 10 Juin - 14:45

Saint-Germain, Evêque d'Auxerre, auquel notre Saint avait une singulière dévotion, et qu'il reconnaissait pour son patron.

Ce grand Evêque se contentait pas de dresser des temples matériels et inanimés au vrai Dieu; il lui en édifiait aussi de vivants et de spirituels. Fortunat, son historien, parlant du clergé de Paris, l'appelle bienheureux d'avoir un si grand homme pour pasteur et pour chef : "Sub duce Germano felix exercitus hic est". En effet, il avait un séminaire si renommé, qu'on y envoyait, non seulement de toute la Gaule française, mais aussi des royaumes étrangers, des enfants de haute naissance, pour y être formés aux sciences et à la piété; et il en sortit beaucoup d'excellents clercs et de Saints Evêques, qui ont éclairé l'Eglise par leur doctrine et par leur éminente sainteté. On remarque, entre autres, Saint Brieuc, que ses parents lui avaient envoyé d'Angleterre, lorsqu'il n'était encore qu'Abbé à Saint-Symphorien, et qui ne sortit de son école que pour aller prêcher l'Evangile en son pays, comme nous l'avons remarqué en sa vie, au 1er mai. Saint Iltud, très docte Abbé de la Grande-Bretagne, fut aussi de ce nombre et Saint Bertingrand, ou par syncope, Bertraud, qui, d'Archidiacre de Paris, fut élevé sur le trône épiscopal du Mans. D'après Gislemar, qui écrivait au neuvième siècle, à Saint-Germain comme à Saint-Symphorien, on suivait non pas la règle de Saint Benoît de Nursie, mais une règle composité basée sur celle de Saint Antoine le Grand et Saint Basile.

La principale occupation de notre Saint était de cultiver ces jeunes plantes pour leur faire porter des fruits dignes du Seigneur. Sa récréation consistait à visiter les églises pour y prier et y méditer; s'il les trouvait fermées, elles s'ouvraient d'elles-mêmes dès qu'il avait fait dessus le Signe de la Croix; comme il arriva, au rapport de Fortunat, à l'église de Saint-Gervais et Saint-Protais, qui alors était hors des portes de Paris.

A l'âge de quatre-vingts ans, il fut averti de sa naissance au Ciel dans une vision, et apprit même que ce devait être le 5 avant les calendes de Juin. Il fit aussitôt écrire ce jour sur son lit, afin de l'avoir toujours présent, sans néanmoins déclarer ce que cette remarque signifiait. Enfin cet heureux moment étant arrivé, il rendit son âme à Dieu le 28 mai, l'an 570. Son corps fut porté en grande pompe dans l'Abbaye de Saint-Vincent, comme il l'avait ordonné; et, depuis, cette église a pris le nom de Saint-Germain des Prés. Lorsqu'il passa devant les prisons, il devint si pesant qu'on ne put jamais le remuer que les prisonniers ne fussent délivrés; on les fit donc sortir, et ils suivirent le convoi, employant ainsi les premiers moments de leur liberté à rendre les derniers devoirs à celui qui la leur avait procurée. On représente saint Germain de Paris avec des chaînes à la main, pour rappeler l'efficacité de son intervention envers les prisonniers du fisc; tenant en main les clefs de Paris, qui lui furent données dans une vision comme un gage de Salut pour cette ville, et une image de la Mère de Dieu car on prétend qu'il portait constamment avec lui cette sauvegarde; allant au-devant d'un incendie et apaisant le fléau.

Il ne fut pas inhumé dans la grande église de l'Abbaye, mais, selon son testament, dans une chapelle de Saint-Symphorien, qu'il avait fait bâtir auprès du portail, en l'honneur de ce glorieux Martyr, auquel il avait toujours conservé une dévotion particulière depuis qu'il avait été Abbé de son Monastère, à Autun. Il se fit plusieurs miracles en ce Saint Lieu : Chilpéric, ayant su qu'un paralytique y avait été guéri, y vint le lendemain, et fit mettre une inscription qu'il avait composée, et dans laquelle il dit que "Saint Germain était un homme apostolique, le père, le médecin, le pasteur et l'amour de son peuple."

L'an 754, près de deux cents ans après sa naissance céleste, l'Abbé Lantfrède reçut un ordre du Ciel de faire transporter ses ossements dans le choeur de la grande église: il en donna avis à Pépin le Bref, roi de France, qui voulut y assister avec ses deux fils, Carloman et Charles, depuis surnommé le Grand, âgé de sept ans; et, comme monument des miracles qui se firent à cette Translation, il donna à l'Abbaye de Saint-Germain le village de Palaiseau, "Palatiolum", petit palais des rois Francs, selon les coutumes semi-païennes de dons à l'Eglise en échange de faveurs ecclésiales. Il confirma cette donation par un serment solennel qu'il fit sur le tombeau du Saint, le 27 juillet.

Ce saint corps demeura paisiblement dans cette église jusqu'à ce que les religieux, prévoyant les irruptions des Normands, nation alors barbare et infidèle, le sauvèrent dans la chapelle, ou Oratoire de Saint-Jean-Baptiste, à Paris, où il avait fait d'abord son séjour, et qui, pour cette raison, a été depuis nommé Saint-Germain le Vieux. On raconte qu'une femme aveugle y recouvra la vue par l'attouchement de ces saintes reliques. Il fut ensuite reporté en l'église de Saint-Germain des Prés. La célèbre basilique, qui porte encore aujourd'hui avec tout un grand quartier de Paris le nom de Saint Germain, déjà restaurée une première fois après les ravages des Normands, fut presque entièrement reconstruite au douzième siècle par l'abbé papiste Hugues et dédicacée par le pape hérétique de Rome Alexandre III, l'Eglise orthodoxe de France ayant été remplacée par l'église hérétique de Rome en ces lieux. Alexandre fit cela pendant qu'il s'était réfugié en France, persécuté par l'empereur de Germanie, Frédéric Barberousse, dans le cadre des luttes temporelles entre l'Etat du Vatican hérétique et l'empire germano-romain.

Eudes, comte d'Anjou, et depuis roi de France, lui fit faire une châsse toute d'or. Un abbé en a fait faire depuis une autre bien plus magnifique, qui se voyait encore au dix-huitième siècle; il y était entré plus de trois cents marcs d'argent et deux cent huit pierres précieuses, qui lui donnaient un éclat merveilleux. Mais toute cette avalanche de luxe et de prestige humain, dans un pays où le peuple crevait la misère, ne pouvait qu'attirer sur les saintes reliques l'envie et la colère destinées au pouvoir temporel et ecclésial.

Ainsi, les papistes s’étant séparés de la juste symphonie des deux pouvoirs,* l’erreur engendrant l’erreur, la châsse a été pillée pendant la révolution française, et les Saintes Reliques profanées et détruites (mars 1793). La chapelle primitive de Saint-Symphorien, où Saint Germain fut enseveli, subsiste encore aujourd'hui.
* le Patriarche est l’évêque de l’Empereur qui s’acquitte de gouverner l’Etat chrétiennement, l’Empereur est le souverain temporel du Patriarche ; avec le césaro-papisme, le « chef spirituel » devient aussi chef profane, avec toutes les dérives que l’on connaît en Occident, et le dégoût et rejet, à terme, de la chose religieuse

Un excellent ouvrage a été attribué à Saint Germain, qui a pour titre "Explication de la Liturgie"; il forme un volume dans la Patrologie de M. Migne. On y trouve une Liturgie qui est dite être l'ancienne Liturgie gallicane en usage en France avant que celle de Rome y ait commencé à être introduite par le Pape Adrien Ier de Rome, sous le règne de Charlemagne. L'auteur, que l'on dit être Saint Germain, donne des explications des anciennes cérémonies de la Liturgie, des vêtements sacerdotaux, etc. On a démontré la large postériorité de ces écrits liturgiques, qui ne manquent pour autant pas d'intérêt, puisque présentant une Liturgie, des siècles après, encore ancrée dans l'Eglise locale.

L'antique et célèbre Abbaye de Saint-Germain des Prés a subi le sort des autres Monastères de France : tous ses bâtiments sont détruits. Ceux que la Révolution avait épargnés, sont tombés sous la pioche de M. Haussmann (1852-1870). La bibliothèque, l'une des plus considérables et des plus précieuses de Paris, devint la proie des flammes le 20 août 1794 par imprudence et peut-être avec la connivence des autorités de cette époque.

Tropaire de Saint Germain de Paris, ton 7
Comme Evêque de Paris, * tu demeuras le Moine que tu étais, * chérissant la beauté de la liturgie * et développant le culte des Saints; * tes miracles te valurent la vénération * des petits comme des grands; * c'est ainsi que tu exerças une heureuse influence sur les puissants, * fis libérer les esclaves et relâcher les prisonniers, * et dans l'Eglise des Gaules tu fis régner, * Saint Germain, * au nom du Christ la concorde et la paix.

Kondakion de Saint Germain de Paris, ton 8
Célébrons le Père des pauvres, le trésor des indigents, * le maître de sagesse des rois et des puissants, * le fédérateur de l'Eglise des Gaules, l'Anargyre guérisseur de toutes maladies * Saint Germain, le fondateur de l'abbaye qui désormais porte son nom, * l'artisan de paix, le pasteur exemplaire de Paris, * car pour nos âmes il intercède auprès du Christ notre Dieu.
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