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 Saint martyr Justin le Philosophe; 1 - 14 juin

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Philippe Crévieaux



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MessageSujet: Saint martyr Justin le Philosophe; 1 - 14 juin   Dim 14 Juin - 12:32

SAINT MARTYR JUSTIN LE PHILOSOPHE ET DE SES COMPAGNONS : CHARITON, CHARITO, EVELPISTE, HIERAX, PEON ET LIBERIEN*
Saint Justin naquit dans les premières années du second siècle à Flavia Néapolis (aujourd'hui Naplouse), ville fondée sur le site de la Sichem biblique après la prise de Jérusalem par les Romains. De famille païenne aisée, il reçut une éducation choisie et, nourrissant un ardent désir de la vérité, il fréquenta divers philosophes; mais il n'en tira que déception en constatant qu'ils ne pouvaient rien lui enseigner de satisfaisant sur Dieu. Finalement, il s'attacha à un platonicien de renom qui sut donner des ailes à son esprit par la réflexion sur les "idées" et sur le monde spirituel évoqué par Platon. Après peu de temps, croyant être devenu sage et espérant voir Dieu immédiatement, comme le lui promettait le philosophe, il se retira dans un lieu voisin de la mer, solitaire et silencieux, pour s'y livrer à la méditation. Comme il se promenait sur le rivage, plongé dans ses réflexions, un vieillard à l'aspect vénérable et majestueux, à la fois doux et grave, apparut devant lui. Ils engagèrent la conversation, et Justin lui fit l'éloge de la philosophie comme étant l’œuvre la plus grande et la plus précieuse, en comparaison de laquelle toutes les autres activités humaines sont négligeables. Le vieillard lui demanda alors comment les philosophes peuvent se faire une idée juste de Dieu, alors qu'ils n'en ont pas l'expérience vécue. Comme Justin répondait que l'intellect peut voir Dieu, l'ancien répliqua qu'il ne reçoit en fait ce pouvoir que lorsqu'il est revêtu de l'Esprit Saint, après s'être préalablement purifié par la pratique de la vertu. Il réfuta aussi la doctrine platonicienne sur l'âme et la réincarnation, et lui montra qu'on ne peut raisonnablement soutenir que le monde soit éternel et incréé : seul Dieu est inengendré et incorruptible, parfaitement un et toujours égal à Lui-même. Quant à l'âme, contrairement à l'opinion de Platon, la vie ne lui appartient pas en propre; mais c'est parce qu'elle participe à la vie, donnée par Dieu, qu'elle a la vie. Justin, exalté par ces paroles, lui demanda à quels maîtres recourir pour connaître cette vérité ignorée des sages d'antan. Le vieillard lui répondit que cette doctrine est celle de grands hommes, plus anciens que les philosophes, des hommes justes et chers à Dieu, qui parlaient par l'Esprit Saint et rendaient sur l'avenir des oracles maintenant accomplis : on les appelle les Prophètes. Remplis de l'Esprit Saint, ils n'ont dit et proclamé que ce qu'ils avaient vu et entendu, et non en recourant à des démonstrations subtiles. Témoins de la vérité, ils ont glorifié le seul Dieu et Père, et ont annoncé, par leurs signes et leurs écrits, le Christ qui vient de Lui. Puis il conclut en disant : "Et toi, avant tout, prie pour que les portes de la lumière te soient ouvertes, car personne ne peut voir et comprendre Dieu, si Dieu et Son Christ ne lui donnent de comprendre."
* Le Synaxaire distingue le philosophe du Martyr, mais il a été amplement démontré qu'il s'agit d'une même personne. En plus de ses œuvres, les Apologies et le Dialogue avec Tryphon, nous utilisons ici les Actes authentiques de son martyre, recueillis par un témoin oculaire.

Dès que le vieillard se fut éloigné, un feu s'alluma dans l'âme du jeune philosophe pour ces prophètes et ces sages amis du Christ. Réfléchissant sur les paroles qu'il venait d'entendre, il réalisa que cette doctrine était la seule philosophie, vraie et profitable à l'âme, et décida de se joindre aux disciples du Christ, qu'il admirait depuis longtemps pour leur mépris des tortures et de la mort. Après son Baptême, il étudia l'Ecriture Sainte en Palestine, puis, sans quitter le manteau et la barbe, signes distinctifs des philosophes, il alla enseigner cette "vraie philosophie" des Prophètes et des Apôtres en Asie Mineure. Vers 136, alors qu'une révolte juive était cruellement réprimée par les Romains en Palestine, il fit la rencontre d'un rabbin réputé, Tryphon, avec lequel il s'entretint pendant deux jours.* Justin lui démontra, à l'aide de nombreuses citations des Ecritures, que la Loi et tout l'Ancien Testament n'étaient qu'une préparation et une figure, unique et cohérente, du Christ, Fils de Dieu, le vrai Législateur de l'Alliance nouvelle annoncée par les Prophètes, qui abroge l'ancienne. Ce sont maintenant les nations converties qui constituent le "vrai Israël spirituel et sont appelées à devenir "dieux" par la grâce du Saint Esprit.
* Selon certains cette rencontre eut lieu à Ephèse, selon d'autres en Grèce.

Continuant ses périples, Justin fit deux séjours prolongés à Rome et s'installa dans une maison, près des Thermes de Timothée, où il enseignait la doctrine de la vérité à ceux qui venaient le trouver. Pour lui, philosophe devenu Chrétien, la Parole de Dieu, révélée dans l'Evangile, représente non seulement l'accomplissement des oracles des Prophètes mais elle est aussi la vérité que distinguèrent confusément les sages et les philosophes païens. Reconnaissant à la raison humaine ses droits, il soulignait ses limites et enseignait que c'est le même Verbe de Dieu qui inspira les Prophètes et qui se trouve présent, en germe, dans toute connaissance humaine (spermatikos logos). "Tout ce qui est dit de Lui, chez qui que ce soit, cela nous appartient, à nous les chrétiens (..) Car tous les écrivains n'ont pu voir qu'obscurément la vérité, grâce à la semence du Verbe déposée en eux. Mais autre chose est de posséder une semence et une ressemblance proportionnée à ses facultés, autre chose l'objet même dont la participation et l'imitation procèdent de la grâce qui vient de lui."*
* Apologie II, 13.

De son école philosophique devenue église, où se réunissaient les amis de la vraie sagesse, Justin luttait aussi pour la confirmation de la vraie foi vis-à-vis des hérétiques, ces loups déguisés en brebis, qui se faisant passer pour chrétiens enseignaient les doctrines les plus insensées.* Mais c'est surtout comme "apologiste"** du Christianisme devant les autorités romaines que Justin s'est illustré. Vers l'an 155, il adressa une première Apologie à l'empereur Antonin le Pieux (138-161), dans laquelle il réfute les grossières calomnies que répandaient les païens au sujet des Chrétiens. Ils ne sont, dit-il, ni athées, ni ennemis de l'Etat, et leur conduite morale est au-dessus de tout reproche, bien supérieure à celle des païens qui se rassasient de débauches. Et, après avoir démontré les concordances entre les intuitions des philosophes et la révélation, il décrit la noblesse et la pureté des Assemblées Liturgiques, où la vie communautaire, centrée sur l'Eucharistie, se prolonge dans l'entraide et l'assistance aux nécessiteux. "Vous pouvez nous tuer, écrit-il, nous nuire, non! Notre espérance n'est pas de ce temps présent, aussi nous ne craignons pas vos bourreaux. Nous ne haïssons pas nos accusateurs; mais nous avons pitié d'eux, nous ne désirons que leur conversion."
* Principalement à cette époque les différentes formes du Gnosticisme. St. Justin est le premier auteur Chrétien à avoir entrepris une réfutation systématique des hérésies.
** Les autres Apologistes sont : Tatien, disciple de Justin, Aristide, Athénagoras (cf. 16 juil. note), Théophile d'Antioche (cf 6 déc.), Méliton de Sardes (cf. 1er av.) et l'auteur de l'Epître à Diognète.


Quelques années plus tard (160), Marc Aurèle ayant accédé au pouvoir, il prit des mesures de répressions contre les Chrétiens, sous l'influence de ses amis les philosophes. Une noble romaine, qui s'était convertie au christianisme et avait renoncé à sa vie dissolue sous l'influence d'un certain Ptolémée, tenta d'entraîner son mari, en lui rappelant les châtiments futurs qu'attendent les débauchés. Comme il refusait de se corriger, elle demanda le divorce; furieux, il fit alors jeter Ptolémée en prison. Après une longue incarcération, celui-ci comparut devant le préfet Urbicus et confessa sa Foi. La sentence de mort venait à peine d'être prononcée qu'un certain Lucius protesta à haute voix contre ce jugement inique et confessa qu'il était lui aussi Chrétien. Il fut arrêté ainsi qu'un autre Chrétien, et les trois innocents furent exécutés. A l'occasion de cet événement, Justin, pressentant qu'un sort semblable l'attendait, adressa une seconde Apologie à l'empereur et au Sénat, dans laquelle il répond d'abord à deux objections ironiques des païens, qui demandaient d'une part pourquoi les Chrétiens ne se donnent pas eux-mêmes la mort pour aller plus vite vers leur Dieu, et qui disaient d'autre part: si ce Dieu est vraiment tout-puissant, pourquoi laisse-t-il opprimer ses adorateurs?
Justin expliqua que c'est la rage et la jalousie des démons qui est la cause des persécutions contre les Chrétiens, et que s'il n'y avait chez eux ni vérité ni vertu, inexplicable serait leur constance dans les tourments.* Si Dieu retarde la catastrophe qui doit bouleverser l'univers, ajoute-t-il, c'est à cause de la race des Chrétiens, en qui Il voit un motif de conserver le monde.** Et il conclut : "Je suis Chrétien, je m'en fais gloire et, je l'avoue, tout mon désir est de me faire reconnaître comme tel."
* Apologie 11, 4.
** Idem 11, 7.


Justin avait trouvé un adversaire implacable en la personne du philosophe cynique Crescens, homme dépravé et ambitieux qui, constatant les succès du philosophe Chrétien et craignant de perdre ses élèves, ne cessait de tramer des intrigues contre lui. C'est probablement à la suite de ses machinations que, vers 165, lors de son second séjour à Rome, Justin fut arrêté, sur l'ordre du préfet Rusticus, l'ancien précepteur de Marc Aurèle, avec six de ses disciples : Chariton, la Vierge Charito, Evelpiste, Hiérax, Péon et Libérien.

Dès qu'ils comparurent au tribunal, le préfet s'adressa à Justin: Soumets-toi aux dieux et obéis aux empereurs. Personne ne peut être blâmé ou condamné pour avoir obéi aux commandements de Notre Seigneur Jésus Christ, répliqua le Philosophe. Comme Rusticus lui demandait à quelle science il se consacrait, il répondit : "J'ai successivement étudié toutes les sciences. J'ai fini par m'attacher à la doctrine vraie des Chrétiens, bien qu'elle déplaise à ceux que l'erreur égare." Puis il expliqua qu'il n'enseignait rien de lui-même, mais seulement ce que les Prophètes inspirés ont annoncé, et qu'il dispensait cette doctrine, librement, à quiconque venait le trouver dans sa demeure. Ses compagnons ayant confessé, chacun à son tour, qu'ils étaient Chrétiens, le préfet, se tournant vers Justin, lui demanda s'il espérait gagner le ciel par les supplices qu'il allait lui infliger. Le Philosophe rétorqua : "J'espère recevoir la récompense destinée à ceux qui gardent les commandements du Christ, si je souffre les supplices que tu m'annonces. Tel est notre plus vif désir : souffrir à cause de Notre Seigneur Jésus Christ et être sauvés, ainsi nous nous présenterons assurés et tranquilles au redoutable tribunal de notre Dieu et Sauveur, devant lequel le monde entier doit comparaître." Les autres Martyrs s'écrièrent : "Fais ce que tu veux. Nous sommes Chrétiens et nous ne sacrifions pas aux idoles!" Ils entendirent la sentence de mort en rendant gloire à Dieu puis, après avoir été flagellés, ils consommèrent leur martyr en étant décapités. Quelques fidèles enlevèrent secrètement leurs corps et les ensevelirent en un lieu convenable.

Oeuvres complètes : Grande apologie. Dialogue avec le juif Tryphon, Deuxième Apologie, Traité de la Résurrection
Éditions : Jen-Paul Migne (1 janvier 1996)
Collection : Bibliothèque
ISBN 2-908587-17-3
429 pages

ou

SAINT MARTYR JUSTIN LE PHILOSOPHE (+ 166)
Justin naquit dans les premières années du second siècle, à Naplouse (l'ancienne Sichem, Flavia Neapolis) dans la Syrie de Palestine. Lui-même nous apprend qu'il était fils de Priscus, petit-fils de Bacchius, et il se donne comme Samaritain. Ce dernier qualificatif doit s'entendre dans un sens large, c'est-à-dire habitant de la région de Samarie. Il fut élevé dans un milieu païen; le désir ardent de trouver Dieu, dont sa jeune âme était remplie, paraît venir surtout de la grâce qui attirait cette âme d'élite. L'usage de la raison ou la philosophie, dont il eut toujours le goût, contribua en même temps à l'acheminer vers le Christianisme.
Lui-même nous a retracé les étapes de sa propre conversion. Ardemment désireux de posséder
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Philippe Crévieaux



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MessageSujet: Re: Saint martyr Justin le Philosophe; 1 - 14 juin   Dim 14 Juin - 12:34

le vrai, il le poursuit partout, et, sauf les épicuriens qui lui inspirent peu d'estime, il consulte les principaux oracles de la philosophie de son temps (voir Dialogue avec le Juif Tryphon) :

"D'abord, dit-il, je me confiai à un stoïcien, et après avoir passé quelque temps sous sa discipline, je n'appris rien sur Dieu, mon maître professant que cette connaissance n'était point nécessaire. Je le quittai donc et m'adressai à un péripatéticien qui se croyait un esprit très subtil : après quelques jours d'initiation laborieuse, ce nouveau maître m'invita à lui fixer un salaire, "car, dit-il, nos relations ne doivent pas rester inutiles". Ce contrat me parût sordide; je n'avais pas songé que la philosophie fût à vendre. J'allai trouver un pythagoricien très célèbre et très fier de sa sagesse et lui témoignai le désir d'être son disciple. "Très bien, me répondit-il, mais avez-vous étudié la musique, l'astronomie, la géométrie? Car pour contempler quelqu'une des choses qui contribuent au bonheur, il faut apprendre ce qui détache l'âme des objets sensibles, ce qui la rend capable des objets intellectuels, ce qui lui permet de voir le beau et le bien en eux-mêmes". J'avouai que j'ignorais ces sciences et il me congédia. Je le quittai avec peine, car il m'avait dit quelques-unes de ces paroles que pressentait mon coeur. Il m'eût fallu trop de temps pour les études préalables qu'il exigeait, et j'étais pressé de trouver Dieu. Un platonicien de marque venait de s'installer à Naplouse, j'eus avec lui plusieurs entretiens, l'intelligence des choses incorporelles me captivait au plus haut point, la contemplation des idées donnait des ailes à mon esprit; après un peu de temps, je crus être devenu un sage, je fus même assez sot pour espérer que j'allais immédiatement voir Dieu, car tel est le but de la philosophie de Platon.

Je me retirai donc en un lieu désert, voisin de la mer. Un jour, j'y rencontrai un mystérieux vieillard; son extérieur était majestueux, sur toute sa personne régnait un air de douceur et de gravité. Nous entrâmes en conversation : "Que faites-vous en ce lieu? me demanda-t-il. - Je me plais en cette solitude, lui dis-je, parce que je puis m'y entretenir avec moi-même sans être troublé. -- Ah! Je le vois, vous aimez le raisonnement, non l'action et la vérité, vous vous souciez beaucoup plus de spéculations et de mots, que de faits et d'actions. - Mais, dis-je, sans la philosophie et la droite raison, il ne peut y avoir de sagesse pour personne. - Et qu'est-ce que la philosophie, quel est le bonheur qu'elle procure? - La philosophie, repliquai-je, c'est la science de l'être et la connaissance du vrai; le bonheur, c'est la récompense de cette science et de cette sagesse."

Une discussion s'engagea alors sur la question de savoir si la philosophie peut donner la vraie connaissance de Dieu qui constitue le bonheur : Justin fut forcé de convenir que ni Platon ni Pythagore n'avaient donné des réponses satisfaisantes. "Mais, ajouta le vieillard, pour aller au-delà des justes bornes dans lesquelles est contenue la raison, il est nécessaire de recourir au secours divin. Il y eut dans les temps reculés et plus anciens que ces prétendus philosophes, des hommes heureux, justes et chéris de Dieu qui parlaient par l'Esprit Saint et rendaient des oracles qui sont maintenant accomplis : on les appelle Prophètes. Eux seuls ont vu et annoncé aux hommes la vérité sans souci ni crainte de personne; ils n'obéissaient pas au désir de la gloire, mais ils ne disaient que ce qu'ils avaient entendu et vu, remplis de l'Esprit Saint. Leurs écrits subsistent encore, et ceux qui les lisent peuvent, s'ils ont Foi en eux, en tirer toutes sortes de profits, tant sur les principes que sur la fin, en un mot sur tout ce que doit connaître le philosophe. Ce n'est pas en démonstrations qu'ils ont parlé; au-dessus de toute démonstration, ils étaient les dignes témoins de la vérité; ce sont les événements passés et présents qui forcent à adhérer à ce qu'ils ont dit. Les prodiges qu'ils ont accomplis leur méritaient bien d'être crus, lorsqu'ils ont glorifié l'Auteur de l'univers, Dieu et Père, et qu'ils ont annoncé le Christ son Fils qui vient de lui. Cela, les faux prophètes remplis de l'esprit d'erreur et d'impureté ne l'ont pas fait, et ils ne le font pas maintenant : au contraire, ils ont eu l'audace de faire des prodiges pour frapper les hommes de stupeur et ils glorifient les esprits d'erreur et les démons. Mais, avant tout, priez pour que les portes de la lumière vous soient ouvertes, car personne ne peut voir ni comprendre si Dieu et son Christ ne lui donnent de comprendre". (Dialog., 7, 1). »

"Quand le vieillard m'eut quitté, ajoute Justin, un feu subit s'alluma dans mon âme je fus pris d'affection pour les Prophètes et pour ces hommes amis du Christ; réfléchissant en moi-même à toutes ces paroles, je trouvai que cette philosophie était la seule sûre et utile". On voit poindre dans ces mots de Justin l'admirable candeur de cette nature droite désormais, il ne cherche la lumière de son esprit, les règles pour sa conduite que dans la Foi du Christ. Il a fait tout d'abord profession de philosophie, c'est un titre de noblesse; le Christianisme lui apparaît comme une plus sûre philosophie. Au lieu des maîtres qui ont vaguement parlé du vrai Dieu, il a les Prophètes inspirés par l'Esprit Saint et les Apôtres qui annoncent à tous le Salut en Jésus-Christ. Justin sera donc plus philosophe que jamais et ne quittera pas le manteau porté par ceux qui renoncent à tout emploi pour s'attacher à la sagesse. Par la philosophie il cherchait Dieu : n'ayant plus foi dans les hommes, il est disposé à accepter une autorité divine. Un mouvement intérieur l'y pousse, il étudie les Saintes Ecritures, il est convaincu : ainsi la crise intellectuelle se termine heureusement sous l'impulsion de la grâce. D'autres mobiles l'amènent au Christianisme, comme lui-même nous en avertit : "Entendant les accusations portées contre les Chrétiens, et les voyant intrépides en face de la mort, je me dis qu'il était impossible qu'ils vécussent dans le mal et dans l'amour des plaisirs". Voyant de près les Chrétiens, Justin apprit à les admirer; il comprit ce que la Foi leur infusait d'énergie pour mener une vie sainte dans un monde corrompu. Ainsi donc, il embrassa le Christianisme, parce qu'il y trouva la certitude sur Dieu et sur les rapports de l'homme avec Dieu, et parce qu'il vit, dans la Foi chrétienne, l'inspiratrice d'une vie morale la plus noble qui se puisse concevoir. Mais faire profession de Christianisme, ce fut pour lui s'engager à mener une vie sainte jusqu'au sacrifice de la vie : il en fournit un exemple durant toute sa vie et à sa mort.

Justin avait environ trente ans au moment de sa conversion. Après son Baptême, on pense qu'il alla à Rome et y séjourna quelque temps; ce fut pour y faire oeuvre d'Apôtre, pour travailler à défendre la vérité et à gagner des âmes. Tout laïque qu'il fut, car on ne pense pas qu'il soit devenu prêtre, quoiqu'en dise Tillemont, il se considéra comme ayant charge d'âmes, il respecta d'ailleurs la hiérarchie ecclésiastique qui semblait déjà organisée - mais pas du tout comme on se la représente de nos jours, les évolutions ayant vraiment commencé avec les grands Conciles Oecuméniques. Ses ouvrages nous permettent de juger ce qu'il fut comme controversiste, comme apologiste et comme théologien.

1. Controversiste. Vers 135, Justin rencontra à Éphèse le Juif Tryphon, eut avec lui la discussion dont le Dialogue nous a conservé la physionomie. Quoique l'ouvrage ait été composé à loisir, vingt ans plus tard, on estime que la discussion eut lieu durant les premières années qui suivirent la conversion de Justin au Christianisme. Tryphon est le rabbin classique, le maître du Talmud dont les décisions font loi, un Juif authentique, un maître religieux du peuple dispersé. Ses objections contre le Christianisme viennent de la divinité de la Loi mosaïque, du fait que nous reconnaissons comme Messie et que nous adorons comme Dieu ce "pauvre Jésus de Nazareth"; et si ce Jésus risque d'être simplement un homme, quel Salut reste-t-il aux Chrétiens, quand ils abandonnent Dieu pour mettre leur espoir dans l'homme? A la première objection, que négliger de pratiquer la Loi (mosaïque s'entend) c'est abdiquer le culte du vrai Dieu, Justin répond :

"Non, si le Dieu d' Israël, le vrai Dieu, a annoncé Lui-même par Ses prophètes une nouvelle Alliance. Et c'est ce qui est arrivé : il n'y a pas d'autre Dieu que Celui qui a fait et ordonné cet univers. Dieu, pour nous Chrétiens, n'est pas autre que pour vous Juifs. Mais j'ai lu dans les Ecritures qu'il y aurait une Loi finale, et une Alliance la plus importante de toutes : c'est celle que doivent maintenant observer tous les hommes qui prétendent à l'héritage de Dieu. Le Christ nous a été donné, Loi éternelle et finale, pacte assuré après lequel il n'y a plus de loi, ni de préceptes, ni de commandements. Que Jésus soit le Messie, tel que l'attendaient les Juifs, c'est ce qui résulte des Ecritures où l'on trouve annoncés à l'avance les principaux traits de sa vie, depuis Sa naissance jusqu'à Sa mort, Sa Résurrection et Son ascension glorieuse. Ce Messie, sans doute, a paru une première fois dans l'humiliation et la souffrance, mais Il paraîtra une seconde fois dans la gloire. Et si l'on veut, dès maintenant, des preuves que Jésus est déjà vainqueur, n'est-ce pas par Sa grâce que les hommes sont arrachés à l'empire du mal? Nous voyons bien que c'est par le Nom du Crucifié lui-même que les hommes renoncent aux idoles, qu'ils vont vers Dieu et persévèrent jusqu'à la mort dans la profession de leur piété. A Ses oeuvres, à la puissance qui L'accompagnait, tous peuvent comprendre qu'Il est la nouvelle Loi, la nouvelle Alliance, l'espérance de ceux qui chez toutes les nations attendent les biens de Dieu : car la race israélite, véritable, spirituelle, c'est nous que ce Christ crucifié a conduits vers Dieu. Et cette oeuvre est une oeuvre divine."

Dans l'argumentation qu'il tire des Écritures, Justin laisse percer la philosophie; il consent à suivre Tryphon sur le terrain de ses digressions. Néanmoins celui-ci ne fut point gagné : il interrompit la discussion par certaines formules de politesse, reconnaissant qu'il y avait profit à scruter l'Écriture avec un homme aussi compétent. Justin, de son côté, n'ignorait pas que l'aveuglement des Juifs avait été prédit; il se tourna vers un apostolat plus fécond.

2. L'apologiste. A Rome, où il avait son domicile, il ouvrit une sorte d'école, il y défendit sa Foi par la parole et par la plume contre tous ceux qui se présenteraient, hérétiques, Juifs ou païens. Il était persuadé que pouvoir dire la vérité et la taire, c'était mériter la colère de Dieu. Au préfet Rusticus il dira plus tard "Je demeure au-dessus des bains de Timothée : c'est mon lieu de réunion. Ceux qui voulaient venir me trouver recevaient de moi la doctrine de la vérité". Il paraît que l'illustre Tatien vint prendre ses leçons. Mais Justin s'est illustré surtout comme apologiste. Des deux Apologies qui nous restent de lui, Eusèbe a placé la plus longue au temps d'Antonin le Pieux (138-161) et l'autre au temps de Marc-Aurèle (161-180). A vrai dire, elles se complètent l'une l'autre, et des critiques de nos jours ont vu dans la seconde, moins un plaidoyer nouveau qu'une sorte de post-scriptum ajouté à la première. Le but est le même et on y sent la même âme, l'invitation cordiale d'un homme convaincu. Non seulement, il demande justice à l'empereur en faveur des Chrétiens, mais il espère le convertir; en toute droiture, il dit aux maîtres du monde qu'il serait digne d'eux, philosophes, d'embrasser le Christianisme, qu'à tout le moins ils doivent être justes envers des innocents. La présentation du Christianisme à l'esprit et au coeur tient ici la plus grande place, mais le point de départ est le traitement injuste infligé aux Chrétiens. Une simple citation des faits lui suffit pour mettre en relief l'abominable législation qui livrait des innocents au bon plaisir d'un misérable. De parti pris, il s'en tient à la raison naturelle, sans arguer des textes législatifs favorables à sa cause, il parle en philosophe à des princes amis de la philosophie. Il dit simplement : "Nous sommes innocents, nous Chrétiens, des crimes de droit commun; c'est tyrannie et c'est imprudence de maintenir une législation exceptionnelle de répression contre ceux qui sont, vous le savez, la meilleure ressource de l'empire parce qu'ils possèdent la vérité". Ce langage supposait la valeur divine du Christianisme.

Dans la première Apologie, bien que le plan de Justin manque de régularité et de netteté, on peut distinguer trois parties:
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MessageSujet: Re: Saint martyr Justin le Philosophe; 1 - 14 juin   Dim 14 Juin - 12:35

a) C'est tout d'abord un appel au droit commun : la cause des Chrétiens ne peut-elle pas être légalement instruite sans tenir compte des cris et des émotions populaires? Le nom de Chrétien par lui seul n'est une preuve ni de vertu ni de vice; ne punissez donc pas un nom, mais des faits juridiquement prouvés. A ce titre, les Chrétiens ne doivent encourir aucune condamnation, ils ne sont ni athées, ni ennemis de l'État, leur morale est sublime, leur doctrine mérite admiration et respect (ch. 1 à 22).

b) Justin démontre ensuite la divinité de Jésus-Christ, et partant la vérité du Christianisme; il invoque la longue suite des prophéties qui ont annoncé la vie et la passion du Sauveur, la gloire de sa Résurrection et de son ascension, la diffusion de sa doctrine dans tout l'univers. Sans l'inspiration de Dieu, ces prophéties n'auraient pas été faites, sans l'ordre de Dieu, elles n'auraient pu s'accomplir. Qu'on mette en regard les fables païennes on verra qu'elles ne reposent sur aucune preuve, elles parodient misérablement le Christianisme, elles ne sont qu'une invention du démon (ch. 23 à 60).

c) Pour faire éclater davantage l'innocence de ses frères, Justin retrace le tableau des rites chrétiens, il décrit les cérémonies du Baptême, la célébration de l’Eucharistie. Enfin il adjure les empereurs de songer au jugement de Dieu (ch. 61 à 67).

On ignore quel fut le résultat de ce fier plaidoyer. Quelques années plus tard, un fait particulier décida Justin à reprendre la plume. Le préfet de la ville, Urbicus, venait de condamner à Rome trois Chrétiens sans autre raison que leur aveu de professer le Christianisme. Justin, au début de sa seconde Apologie, décrit cette scène d'arbitraire violence présente à tous les esprits (ch. 1 à 3); il aborde et réfute les deux objections que les païens se plaisaient à opposer ironiquement aux plaintes des fidèles. Pourquoi, disait-on, les Chrétiens ne se donnent-ils pas la mort pour aller plus vite à leur Dieu? Et ce Dieu, s'il est vraiment tout-puissant, comment laisse-t-il partout opprimer et massacrer ses adorateurs? A quoi Justin réplique "Ce qui voue les Chrétiens à la persécution, c'est la rage des démons contre la vérité et la vertu; s'il n'y avait chez les Chrétiens ni vérité ni vertu, leur conduite dans les persécutions serait absolument inexplicable" (ch. 4 à 13). Et il conclut en adjurant les empereurs de lire son Apologie, de la sanctionner et de faire juger avec équité les Chrétiens (ch. 14 et 15).

3. Le théologien. Au point de vue de l'enseignement Chrétien, Justin comprend mieux qu'un autre l'union des âmes dans la Foi, comme au temps de la communauté primitive de Jérusalem. Les Chrétiens de son temps étaient répandus dans tout le monde romain. Aussi écrit-il dans son Dialogue avec Tryphon : "A ceux qui croient en Lui, Lui sont unis dans une même âme, une même assemblée et une même Église, le Verbe de Dieu parle comme à sa fille, l'Église qui est constituée de par son Nom et participe à son Nom, car tous nous nous appelons Chrétiens" (ch. 63. Il n'ignore pas que d'autres prennent le nom de "chrétiens", mais ils n'y ont pas droit et ils le reconnaissent eux-mêmes, puisqu'ils se recommandent d'autres maîtres que le Christ : tels les marcionites, les valentiniens, les basilidiens et d'autres sectes encore. En eux, il voit un suprême danger pour l'unité de l'Église, pour sa réputation : aussi est-il résolu à faire les retranchements nécessaires. Si nous possédions son "Traité contre toutes les hérésies", nous saurions sans doute plus nettement comment il caractérisait la véritable Eglise. Ses autres ouvrages fournissent des indices de son attitude : pour lui, Dieu est la raison suprême de la Foi; il a parlé par les Prophètes et par les Apôtres, tels sont les deux degrés de la Révélation. Si, à propos de l'Église, il n'a pas eu l'occasion de prononcer le mot de "Tradition", il aime à rappeler l'enseignement qu'il a reçu en même temps que les autres fidèles : tous sont, dans l'ordre intellectuel, des enseignés et ils sont prêts à transmettre à d'autres ce qu'ils ont appris (1ère Apologie, ch. 6). Du Verbe, source unique de vérité, la doctrine de la Foi parvient ainsi à chaque fidèle telle que les Apôtres l'ont comprise et l'ont prêchée. Jésus-Christ n'est pas seulement, grâce à l'enseignement de l'Église, la voix qui évoque dans toutes les consciences chrétiennes, le sentiment du bien; II est aussi par l'Eucharistie, le foyer de la vie collective des Eglises, et, pour chaque fidèle, le germe d'une vie meilleure. Ainsi le théologien est amené à parler des Sacrements de Baptême et d'Eucharistie.

Ainsi les Chrétiens se réunissent pour prier; ils prient Dieu afin d'être meilleurs; après L'avoir remercié des dons surnaturels, gages de Sa libéralité, ils prient les uns pour les autres, et, s'ils suspendent la prière, c'est pour se donner le baiser de paix. Ils savent que la charité est le premier Commandement et ils la pratiquent, s'en remettant au responsable * de la communauté du soin de répartir leurs aumônes. Justin a désigné par son nom le point culminant de l'Office, qui est l'Eucharistie; dans son texte le fidèle reconnaît les éléments du Sacrifice non sanglant de l’Eucharistie, lecture de l'Epître et de l'Évangile, sermon, collecte, consécration, Communion. De ce rite plein de Dieu, les fidèles sortaient disposés à tout, y compris à affronter le martyr.
* nulle mention de Prêtre ou d'Evêque dans le texte original

4. Le martyre. A ce terme devait aboutir l'oeuvre de Justin. A Rome, il entra en lutte avec le cynique Crescens, qui n'avait de philosophe que le nom. "Moi-même, écrivait-il au début de sa seconde Apologie, je suis exposé aux intrigues de quelques-uns de ceux que j'ai nommés (les démons) et à être conduit en prison, à tout le moins dénoncé par Crescens, l'ami du bruit et le vantard". Justin avait rédigé comme un memorandum de ses disputes avec ce soi-disant philosophe : il s'imaginait que l'empereur - Antonin, ou Marc-Aurèle, ou Vérus - avait pris la peine de le lire, ainsi que les principaux dignitaires de l'État : "Si vous avez eu connaissance de mes questions et de ses réponses, vous avez pu voir qu'il (Crescens) ne sait rien de notre doctrine".

Crescens confondu quitta la discussion des idées pour l'action directe : il dénonça Justin. Le fait est attesté, d'une manière obscure, il est vrai, par Tatien, disciple de notre Saint : "Crescens, qui avait fait son nid dans la grande ville, surpassait tout le monde par ses vices contre nature et était très adonné à l'avarice. Lui donc, qui conseillait le mépris de la mort, craignait lui-même tellement la mort qu'il intrigua pour conduire Justin à la mort. Sans doute comme au plus grand mal" (Discours de Tatien, ch. 14). Eusèbe cite ce texte (Hist. eccl., L. 9, ch. 16) et ajoute que telle fut en effet la cause du martyre de Justin. Les Actes de ce Martyr, il est vrai, n'en parlent pas, mais ce fut sans doute parce que Crescens, autorisé par le préfet de Rome, Junius Rusticus, préféra rester dans l'ombre. On en voulait au docteur et aussi à son école; aussi Justin eut-il des compagnons de martyre. Laissons maintenant le rédacteur des Actes nous raconter la fin glorieuse de ces Athlètes.

Justin et ceux qui demeuraient avec lui furent amenés au préfet de Rome, Junius Rusticus. Dès qu'ils furent devant le tribunal, Rustique dit à Justin : "Soumets-toi aux dieux et obéis aux empereurs.

JUSTIN. - Personne ne peut être blâmé ou condamné pour avoir suivi les lois de Notre Seigneur Jésus-Christ.
RUST. - Quelle science étudies-tu?
J. - J'ai successivement étudié toutes les sciences. J'ai fini par m'arrêter à la doctrine des Chrétiens, bien qu'elle déplaise à ceux qui sont entraînés par l'erreur.
RUST. - Et voilà, malheureux, la science que tu aimes!
J. - Eh oui : je suis les Chrétiens parce qu'ils possèdent la vraie doctrine.
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Philippe Crévieaux



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MessageSujet: Re: Saint martyr Justin le Philosophe; 1 - 14 juin   Dim 14 Juin - 12:36

RUST. - Quelle est cette doctrine?
J. - C'est la doctrine que les Chrétiens suivent religieusement, et la voici : Croire en un seul Dieu, Créateur de toutes les choses visibles et invisibles. Confesser Jésus-Christ, Fils de Dieu, autrefois prédit par les prophètes, juge futur du genre humain, messager du Salut, Maître pour tous ceux qui veulent bien se laisser enseigner par Lui. Moi, faible homme, je suis trop médiocre pour pouvoir parler dignement de Sa divinité infinie : c'est l'oeuvre des Prophètes. Depuis, des siècles, par l'inspiration d'en haut, ils ont annoncé la venue dans le monde de Celui que j'ai appelé le Fils de Dieu.
Le préfet demanda alors en quel lieu les Chrétiens s'assemblaient.
J. - Là où ils peuvent le faire. Crois-tu que nous nous rassemblons tous dans un même lieu? Pas le moins du monde. Le Dieu des Chrétiens n'est pas enfermé quelque part; invisible, Il remplit le ciel et la terre, en tous lieux Ses fidèles L'adorent et Le louent.
RUST. - Allons, dis-moi le lieu de vos réunions, et où tu rassembles tes disciples.
J. - J'ai demeuré jusqu'à ce jour près de la maison d'un nommé Martin, à côté des Thermes de Timothée. C'est la seconde fois que je viens à Rome et je n'y connais pas d'autre demeure que celle-là. Tous ceux qui ont voulu venir m'y trouver ont entendu de moi la vraie doctrine.
RUST. - Tu es donc Chrétien?
J. - Oui, je suis Chrétien.
RUST. à CHARITON. - Es-tu Chrétienne, toi aussi?
CHA. - Par la grâce de Dieu, moi aussi je suis Chrétienne.
RUST. à EVELPISTE. - Et toi, qui es-tu?
EVELP. - Je suis esclave de César; mais Chrétien, j'ai reçut du Christ la liberté; par Ses bienfaits, par Sa grâce, j'ai la même espérance que ceux-ci.
RUST. à HIERAX. - Es-tu Chrétien?
HIER. - Assurément, je suis Chrétien : j'aime et adore le même Dieu que ceux-ci.
RUST. - Est-ce Justin qui vous a rendus Chrétiens?
HIÉR. - J'ai toujours été Chrétien, et je le serai toujours.
Poeon se leva et dit : Moi aussi, je suis Chrétien.
RUST. - Qui t'a instruit?
POEON. - Je tiens de mes parents cette bonne doctrine.
EVELP. - Moi, j'écoutais avec grand plaisir les leçons de Justin, mais j'avais appris de mues parents la Foi Chrétienne.
RUST. - Où sont donc tes parents?
EVELP. - En Cappadoce.
RUST. à HIERAX. - Et toi, de quel pays sont tes parents?
HIER. - Notre vrai Père, c'est le Christ, et notre mère, la Foi par laquelle nous croyons en Lui : mes parents selon la chair sont morts. Du reste, je fus amené ici d'Iconium en Phrygie.
RUST. à LIBÉRIEN. - Comment t'appelles-tu? Es-tu Chrétien, toi aussi et impie envers les dieux?
LIB. - Je suis Chrétien, j'aime et j'adore le vrai Dieu.
RUST. revenant à JUSTIN - : Ecoute-moi, toi que l'on dit éloquent et qui crois posséder la doctrine véritable, si je te fais fouetter et décapiter, croiras-tu que tu doives ensuite monter au ciel?
J. - J'espère recevoir la récompense destinée à ceux qui gardent les Commandements du Christ, si je souffre les supplices que tu m'annonces. Je sais que ceux qui auront vécu de la sorte conserveront la faveur divine, jusqu'à la consommation du monde.
RUST. - Tu penses donc que tu monteras au ciel, pour y recevoir une récompense?
J. - Je ne le penses pas, je le sais, et j'en suis si assuré que je n'en doute d'aucune façon.
RUST. - Au fait; approchez tous et sacrifiez aux dieux.
J. - Personne, dans son bon sens, n'abandonne la vérité pour l'erreur.
RUST. - Si vous n'obéissez pas à mes ordres, vous serez torturés sans merci.
J. - C'est là notre plus vif désir : souffrir à cause de Notre-Seigneur Jésus-Christ et être sauvés. De la sorte, nous nous présenterons assurés et tranquilles au terrible tribunal de notre même Dieu et Sauveur, où selon l'ordre divin, le monde entier passera."
Tous ensemble dirent alors : "Fais vite ce que tu veux, nous sommes Chrétiens et nous ne sacrifions pas aux idoles."

Là-dessus, le préfet Rusticus rendit la sentence : "Que ceux qui n'ont pas voulu sacrifier aux dieux et obéir aux ordres de l'empereur soient fouettés et emmenés pour subir la peine capitale conformément aux lois."

En conséquence, les Saints Martyrs, glorifiant Dieu, furent conduits au lieu ordinaire des exécutions, et, après la flagellation, ils furent décapités, consommant ainsi leur martyre dans la confession du Christ. Quelques fidèles enlevèrent leurs corps secrètement et les placèrent dans un lieu convenable, soutenus par la grâce de Notre Seigneur Jésus Christ, à Qui revient la gloire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
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