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 Saint Claude de Besançon; 6 - 19 juin

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Philippe Crévieaux



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MessageSujet: Saint Claude de Besançon; 6 - 19 juin   Jeu 18 Juin - 20:33

SAINT CLAUDE, EVEQUE DE BESANÇON
Fils du gouverneur de la ville de Besançon, Saint Claude naquit en 607. Bien qu'ayant nourri sa jeunesse par la lecture des vies de Saints, il fut cependant assigné au métier des armes. Vers l'âge de vingt ans, il quitta l'armée terrestre pour rejoindre la sainte milice du Christ, et fut reçu parmi les Clercs du chapitre de la cathédrale de Besançon, qui vivaient, tout comme dans un monastère, en suivant la règle que venait d'écrire leur Evêque, Saint Donat. Par son zèle Saint Claude devint rapidement le modèle des autres clercs et fut chargé par l'Evêque d'enseigner dans l'école de la cathédrale. Il ne prenait tous les jours qu'un seul repas, fort frugal, vers le soir, et veillait souvent toute la nuit pour étudier et prier.

Au bout de douze années de vie ascétique au chapitre, il devint Moine au Monastère de Condat, alors appelé Saint-Oyend, jadis fondé par Saint Romain qui était, avec Luxeuil, l'un des monastères les plus renommés de ce temps. Ne se nourrissant que de racines, dormant sur un grabat, "la pâleur de son visage et la maigreur de son corps lui servaient d'ornements", et il devint là aussi le modèle des frères dans l'Ascèse et le zèle Divin. L'Higoumène, Injuriose, lui proposa de prendre sa place, mais le Saint s'y refusa toujours. A la naissance céleste d'Injuriose (644), il dut pourtant se plier à la volonté unanime des frères et assuma la direction de la communauté. Après une démarche auprès du roi Clovis II, et grâce à l'appui de Sainte Bathilde son épouse il obtint une dotation, qui permit d'assurer non seulement la subsistance du monastère, ainsi que celle des pèlerins et des pauvres de la région, mais aussi l'agrandissement des bâtiments. Saint Claude introduisit l'observation de la règle de Saint-Benoît et enseignait régulièrement ses moines dans la pratique des saintes vertus, tant par des homélies que par de paternelles remontrances.

A la naissance céleste de l'Evêque de Besançon, Gervais, le peuple et les clercs entrèrent en querelle sur le choix du successeur. Ils se mirent en prière et une voix se fit entendre du Ciel, qui leur ordonnait de prendre Saint Claude pour pasteur. Quand on lui fit part de cette nouvelle le Saint refusa, mais il dut finalement obéir une fois de plus à la volonté de Dieu et du peuple, et fut conduit à Besançon dans une grande liesse.

Dans la fonction épiscopale, il continua de se montrer un vrai Moine et menait la vie commune avec ses Chanoines. Il s'adonnait avec zèle à toutes les activités requises d'un Evêque : visitait les infortunés, exhortait régulièrement ses fidèles au repentir et aux oeuvres de la charité; mais, ne pouvant toutefois oublier la douceur de la vie au monastère, il ne cessait pas de veiller à la direction des Moines de Saint-Oyend. Après sept années d'Episcopat, comme il constatait que les Clercs se laissaient aller au relâchement et restaient insensibles à ses admonestations pour rétablir la discipline instaurée par Saint Donat, il renonça au trône épiscopal et retourna à son monastère (693). Il y vécut six ans dans la paix, avant de remettre son âme à Dieu, le 6 juin 699. Au douzième siècle on découvrit son corps incorrompu et les miracles commencèrent à abonder auprès de ses Reliques qui devinrent l'objet, pendant des siècles, d'un très célèbre pèlerinage.*
* La plus grande partie de ces Reliques fut détruite de manière sacrilège par les révolutionnaires en 1794.

ou

On croit généralement que Claude naquit dans le château de Bracon, près de Salins, d'une illustre famille romaine. Son père était patrice (patricien) du Scoding ou maire du palais, c'est-à-dire gouverneur de la contrée. Quand il eut sept ans, on lui donna d'excellents précepteurs pour lui apprendre les lettres humaines et le former aux exercices de la piété; ses progrès furent rapides, car il avait un esprit vif, un jugement solide et une docilité extrême. Il lisait avec beaucoup d'assiduité les Livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, les histoires des Martyrs, la vie des Saints confesseurs, et les sermons ou homélies des docteurs de l'Eglise, qui étaient alors bien plus répandus qu'aujourd'hui parmi les fidèles. Cela ne l'empêchait pas de s'adonner aux oeuvres de piété : il allait tous les jours à l'église; il passait les fêtes et les dimanches presque tout entiers à l'église, où il participait aux Saints Mystères et à toutes les heures canoniales, et entendait le sermon avec une attention et une avidité merveilleuse. Il fuyait les sociétés et les lieux qui offraient du danger pour sa vertu; tout son plaisir était de fréquenter les personnes de piété qui, par leurs discours saints et édifiants, pouvaient donner une nourriture solide à son âme. Il n'avait, avec les femmes, que des rapports de nécessité ou de convenance. Il était modeste dans son maintien, circonspect dans ses paroles. Sa démarche grave, ses moeurs pures, le faisaient respecter et aimer de tout le monde.

Gollut dit que Saint Claude porta les armes jusqu'à vingt ans. A cet âge (627), il embrassa l'état ecclésiastique et demanda à être reçu au chapitre de l'église cathédrale de Besançon, qui vivait dans la plus grande régularité, suivant les institutions et les exemples de l'Archevêque Saint Donat. Ce Saint Evêque admit avec empressement notre Saint parmi ses Chanoines. Claude fut leur modèle. Il étudia avec tant d'assiduité les Saintes Ecritures, qu'il devint très savant. On le chargea d'enseigner la science sacrée aux jeunes clercs, fonction dont il s'acquitta avec un brillant succès.

Pendant qu'il enrichissait son esprit de tant de lumières, il ôtait à son corps tout ce qui pouvait le porter au péché. Il avait les sens si bien réglés, que rien n'y entrait qui pût altérer son âme, et lui donner des pensées et des affections déshonnêtes. Il jeûnait tous les jours, excepté les fêtes et les dimanches: et ce jeûne était si rigoureux, qu'il ne mangeait que le soir. Ses veilles étaient fréquentes, et souvent il passait les nuits sans dormir. Il n'y avait rien d'éclatant dans ses habits; sa retenue, son austérité, étaient celles d'un moine accompli.

Ne trouvant pas néanmoins ce genre de vie assez austère, il sortit du chapitre de Besançon après douze ans, et se retira dans le Monastère de Condat (639), alors appelé Saint-Oyand. Il y fut, dit son historien, outre sa piété et son assiduité à la prière, sobre dans ses repas, ne se nourrissant que de racines; il ne se reposait que sur un dur grabat; la pâleur de son visage et la maigreur de son corps lui servaient d'ornement. A l'âge de trente-sept ans (644), il lui fallut, malgré sa résistance, accepter la charge d'Abbé, devenue vacante par la naissance au Ciel d'Injuriose. Sous son gouvernement, il y eut, dans ce monastère, beaucoup de Saints, dont on vénéra plus tard le nom et les Reliques. Il obtint, en 650, du roi Clovis II, la restitution des biens enlevés à son Ordre avec de nouvelles libéralités; il embellit, orna les églises, répara, augmenta les bâtiments, introduisit ou du moins fit observer la Règle de Saint-Benoît. On possédait encore, au douzième siècle, un recueil de sermons, dans lesquels le pieux Abbé avait laissé à ses enfants sa doctrine et son esprit.

Après la dormition de Saint Gervais, Archevêque de Besançon (685), le clergé et le peuple furent longtemps divisés sur le choix d'un successeur; enfin, pendant qu'ils priaient Dieu de mettre un terme à leurs contestations, une voix du Ciel se fit entendre et leur ordonna de choisir Claude pour Evêque. On obéit avec joie à cette élection Divine. Une députation alla l'annoncer à Claude, qui se trouvait alors à Salins, dans sa famille. Consterné à cette nouvelle, il refusa d'abord ce lourd fardeau de l'épiscopat; mais la crainte d'aller contre la volonté de Dieu si clairement manifestée, l'obligea de l'accepter. Tout le pays de Salins ainsi que les parents de Claude, virent avec joie élever si haut un Saint qui faisait déjà leur gloire. Conduit à Besançon, il y fut reçu et sacré avec les démonstrations de la plus vive allégresse. Il ne faut pas s'étonner qu'il ait averti de son élection le Pape Jean V, car, bien que les Pontifes de Rome n'intervinssent pas alors directement dans l'élection de chaque Evêque, les liens les plus intimes unissaient l'Eglise de Besançon au siège romain.

Dans cette dignité, Claude s'acquitta parfaitement de tous les devoirs d'un pasteur. Bien loin de diminuer ses austérités et son assiduité à la prière, il les augmenta de plus en plus. Il ne manquait jamais d'assister aux divins Offices avec ses chanoines. Il entendait avec patience et douceur les causes ecclésiastiques et les terminait toujours si justement, que personne n'en pouvait être mécontent. Ses occupations ne l'empêchaient pas de prêcher son clergé et son peuple, parce qu'ayant l'esprit plein de la Vérité Divine, il ne lui était pas difficile de le répandre sur ses auditeurs. Ses sermons avaient même tant de force, qu'ils arrachaient le vice du coeur des plus endurcis, qu'ils y imprimaient l'amour de la vertu et qu'ils firent un grand changement dans les moeurs de ses diocésains. Dans la visite de sa province, il exerçait en même temps les oeuvres de charité corporelle et spirituelle, visitant les malades, assistant libéralement les pauvres et travaillant infatigablement à la conversion des pécheurs et à la réformation des désordres qu'il trouvait dans ses paroisses.

Ce Saint Evêque avait conservé le titre et les fonctions d'Abbé de Saint-Oyand et gouvernait son monastère avec la même sollicitude qu'auparavant. C'était même là que tendaient ses plus tendres affections. Il s'y retira après sept ans d'épiscopat (693), âgé d'environ quatre-vingt-six ans. Il demeura encore à la tête de son abbaye pendant plusieurs années. Tous les historiens de la Franche-Comté s'accordent à dire qu'il parvint à une extrême vieillesse. Sa vie sainte fut couronnée par une mort aussi douce que glorieuse devant Dieu. Quelques jours avant son décès, il fut atteint d'une légère indisposition. Le troisième jour de sa maladie, il rassembla tous ses Moines et leur parla d'une manière admirable de l'amour de Dieu, du mépris des choses terrestres et de la résignation avec laquelle il devait supporter son départ de ce monde. Voyant couler leurs larmes, il leur donna à tous le baiser de paix et les fit sortir de sa cellule, puis il passa toute la nuit en prières. Lorsque le jour fut venu, il se fit conduire à l'église, où il reçut pieusement les Sacrements. Son humilité lui faisait craindre même ces honneurs que l'amitié rend à la dépouille des défunts. Quand il fut rentré dans sa cellule, il ordonna à ses disciples de l'inhumer sans pompe et sans éclat, et le cinquième jour de sa maladie, à 15 heures, tandis qu'il était appuyé sur le siège où il avait coutume de lire et de prier, il leva les mains et les yeux vers le ciel, et s'endormit doucement dans le Seigneur. C'était le 6 juin 699 et la quatrième année du règne de Childebert III. Saint Claude avait alors quatre-vingt-treize ans. On embauma son corps, dit un de ses biographes, en l'enveloppant de parfums précieux, et il fut déposé dans l'église de Saint-Oyand. Les Egyptiens ôtaient les entrailles des morts pour les embaumer, de manière à les rendre incorruptibles pour des siècles. Il n'en fut point ainsi de Saint Claude; car il ne paraissait aucune incision sur son corps, comme on l'a vérifié plusieurs fois. C'est ce qui rendait plus admirable le miracle de son incorruption pendant tant de siècles. Si donc on employa quelques aromates pour sa sépulture, ce fut seulement à l'extérieur, comme on l'avait fait autrefois pour le corps sacré de Jésus-Christ, en signe d'affection et de piété. (cf. Bollandistes, Illustrationes Claudianae, 6 juin)

L'humble voeu que Saint Claude avait formé à sa dernière heure s'était accompli. On l'avait inhumé dans un sépulcre modeste, et pendant longtemps son tombeau délaissé fut presque sans gloire aux yeux des hommes. Jusqu'au au douzième siècle, il ne lui avait été rendu qu'un culte ordinaire, et les plus anciens bréviaires manuscrits ne font de lui qu'une simple commémoraison. La confiance des fidèles occidentaux, devenus alors papistes, envers notre Saint se manifesta surtout lorsqu'on découvrit que son corps était resté incorrompu depuis sa naissance céleste. De nombreux pèlerins accoururent dès lors à son tombeau, pour vénérer ses Précieux Restes. La ville de Saint-Claude prit dès lors des accroissements rapides.
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Philippe Crévieaux



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MessageSujet: Re: Saint Claude de Besançon; 6 - 19 juin   Jeu 18 Juin - 20:33

Ce grand serviteur de Dieu a manifesté pendant plusieurs siècles une telle puissance, qu'on l'a surnommé thaumaturge. Le corps du Saint Evêque avait été exposé jusque-là à la vénération des fidèles papistes dans une châsse sans décoration. Mais en 1249, lorsque les pèlerinages commencèrent à devenir plus fréquents, Humbert de Buenc, abbé papiste de Saint-Oyand, voulut que les deux Saints, dont le monastère portait les noms glorieux, fussent honorés d'une manière digne. Il fit donc faire deux châsses d'argent d'un riche travail, qui furent placées derrière le maître-autel de l'église. Celle qui était du côté de l'épître renfermait le corps de Saint Oyand, et les Reliques de Saint Claude étaient déposées dans la châsse qui se trouvait du côté de l'évangile. Cette châsse était de chêne, ornée de pierres précieuses et couverte de tous côtés de lames d'argent avec divers ornements. Le monastère portail déjà dès ce temps les noms de Saint-Oyand et Saint-Claude. Mais ce dernier finit par être, dans la suite, le seul en usage pour désigner la ville et le monastère où Dieu manifestait, par des miracles étonnants, la gloire de Son serviteur.

La gloire de l'abbaye augmentait avec celle de son Saint protecteur. Les plus illustres familles tenaient à honneur d'y envoyer leurs fils, et, dans un acte de 1271, les moines papistes sont désignés sous le nom de "noble chapitre". Une église en l'honneur de Saint Claude avait été bâtie par les papistes dans l'enceinte même du monastère, dans le lieu qui porte aujourd'hui le nom de place Louis XI. Son nom avait été donné, comme un présage de bénédiction, à un pont bâti sur la Bienne par la Congrégation des maçons, appelés les "Frères pontifes". Cette congrégation se forma en 1177 à Bonpas, sur la Durance, près d'Avigon, et l'on prétend que le village d'Avignon-sur-Saint-Claude doit son origine à une colonie de ces frères maçons, venus du Jura pour y construire deux ponts sur la Bienne.

"SAINT CLAUDE!" était le cri de guerre des habitants de ces montagnes lorsqu'ils s'élançaient contre l'ennemi. Les captifs l'invoquaient dans leur prison et obtenaient miraculeusement leur liberté. Les naufragés se recommandaient à lui au milieu de la tempête, et Dieu récompensait leur confiance en les arrachant à la fureur des flots. En 1754, on conservait encore, dans l'église de Saint-Claude, les chaînes de fer que des Chrétiens, captifs chez les infidèles, y avaient placées, après avoir été délivrés par la protection du Saint.

Sur la fin du quatorzième siècle, les moines papistes de Saint-Claude jetèrent, dans l'enceinte du cloître, les fondements de la cathédrale actuelle de Saint-Pierre. Elle fut bâtie sur l'emplacement de la plus ancienne église de l'abbaye, qui était dédiée aux Saints Apôtres Pierre, Paul et André, pour qui les premiers fondateurs de Condat avaient une vénération particulière. Dans la suite, les moines papistes chantaient l'Office de nuit dans l'église de Saint-Pierre, et l'Office du jour dans l'église de Saint-Claude, qui servait de paroisse à la ville. Ils semblaient en quelque sorte partager le culte qu'ils avaient pour ces deux Saints, en partageant leur Office.

Aux hommages que l'Eglise rendait à Saint Claude, une partie de cette même Eglise, dans le peuple, mêlait quelquefois des idées superstitieuses. A cette époque, on croyait généralement aux sorciers, et les montagnes du Jura passaient pour en être infestées. Quand un malade s'imaginait qu'on avait jeté sur lui quelque maléfice, il venait implorer Saint Claude pour être délivré. Quelque opinion qu'on se forme sur l'existence et le pouvoir des sorciers, ces prières que le peuple adressait au Saint Thaumaturge, attestent au moins la grande confiance qu'on avait en sa puissante protection.

Le pèlerinage de Saint-Claude devint un des plus célèbres de l'Europe occidentale; on s'y rendit des provinces les plus éloignées; de là des fêtes, des confréries et autres institutions; il serait trop long de les énumérer, ainsi que les miracles opérés par son intercession et les personnages illustres qui vinrent l'honorer.

Dès la fin du quinzième siècle, la fête de Saint Claude se célébrait avec une grande magnificence par les papistes. Cette fête donnait lieu à une foire où se rendaient en foule les populations voisines. Déjà on y faisait ce commerce d'objets de dévotion, statuettes, crucifix, médailles, chapelets, etc., qui a contribué à développer dans ces montagnes l'art de la sculpture, si heureusement cultivé à Saint-Claude. Le buis croît en abondance dans les environs de cette ville, et les habitants ont cherché dans l'industrie les ressources que le sol leur refusait. La sculpture en nourrissait ainsi un grand nombre, qui vendaient aux pèlerins papistes de petits ouvrages de piété. Elle en a élevé d'autres à la réputation d'artistes distingués, et c'est à Saint-Claude que se sont formés ces Rosset qui pétrissaient l'ivoire, et dont les chefs-d'oeuvre sont si recherchés. On voit que la piété est utile à tout. Elle attirait auprès de la châsse du Saint les populations, qui venaient y chercher des consolations spirituelles, et elle fournissait aux habitants de ces montagnes peu fertiles l'occasion d'exercer cette industrie charmante qui soumet la racine du buis, avec toutes ses images capricieuses, à des formes si variées, et qui est encore aujourd'hui la principale richesse du pays.

Ce n'était pas seulement une province, un royaume qui manifestait sa dévotion envers Saint Claude; mais on se rendait de tous les points de l'Europe à ce pèlerinage fameux. La foi des peuples en avait fait un des plus célèbres sanctuaires de France, et ces pieuses manifestations prenaient quelquefois le caractère d'institutions publiques. Des paroisses, des villes, des provinces entières envoyaient presque chaque année des députations à Saint-Claude. Une des plus remarquable était le pèlerinage des Picards. Nous ignorons à quelle époque il a commencé; mais il se fit pendant longtemps d'une manière asses régulière. "Nous savons", dit un de ces historiens, "que le jour où la pieuse députation de Picardie passait à Moirans, l'une des stations de son itinéraire, tous les bourgeois de cette ville devaient l'accueillir avec honneur et la festoyer d'une manière empressée et cordiale. Moirans était, il est vrai, la première et la seule halte à faire dans la terre monastique de Saint-Claude, avant d'atteindre la sainte destination; et le révérendissime Abbé, qui était seigneur de Moirans, avait peut-être fait un devoir à ses sujets d'offrir l'hospitalité à des étrangers qui lui apportaient de notables offrandes de la part de quelque ville de la Picardie, pour l'acquit d'un voeu solennel envers "monsieur saint Claude, ami de Dieu". Il est bon de rappeler que les troupes de Picards faisaient partie de l'armée de Louis XI, au comté de Bourgogne, et qu'elles avaient pu composer la garde du roi de France, vainqueur du pays, lorsqu'il exécuta l'un ou l'autre de ses pèlerinages à la châsse de notre Saint. Quand les Picards retournaient dans leur pays, ils étaient reçus en triomphe par leurs compatriotes, qui les attendaient à la frontière, et à qui ils distribuaient des objets bénits, rapportés de leur lointain pèlerinage.
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